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Ex-Fumeurs:


Anonyme (28 ans) - le 30 Janvier 2006

"Voilà plus de deux ans et demi que je vis sans cigarette. Lorsque j'ai arrêté, je fumais près de deux paquets par jour. La simple idée du manque était intolérable et je faisais parfois la traversée nocturne de Paris afin de me rendre à un tabac ouvert. J'ai arrêté du jour au lendemain sans aide autre que ce site. On m'aurait dit que j'en étais capable, j'aurais ri au nez de la personne en tirant une bonne bouffée. Je me retranchais derrière des clichés que j'entends aujourd'hui de la bouche de mes amis fumeurs : "oui mais moi, c'est un véritable plaisir", "moi c'est différent", blabla... Je sais aujourd'hui que tout cela n'est que balivernes, que déclame le fumeur pour justifier son incapacité à prendre la décision d'arrêter. Un soir, je me retrouve à cours de cigarettes. Il était relativement tard, donc je décide de me coucher. Me voilà le lendemain sur le quai du métro, le haut parleur clame : "mouvement de grève, pas de métro avant 10 minutes". J'avais oublié d'acheter les cigarettes avant de rentrer dans la station ; par flemme, je décide d'attendre d'arriver sur mon lieu de travail pour en acheter. Ce que je ne ferais jamais : je prends la décision d'arrêter pendant le trajet. Sur un coup de tête. Il ne s'agissait nullement d'une décision réfléchie ni d'une volonté particulière. Comme tout fumeur, je me disais "il faut que j'arrête" à intervalles régulier pour me donner bonne conscience, mais sans jamais avoir concrétisé la chose. Je passe la journée à me documenter sur les méthodes d'arrêt, les substituts, etc. Je décide de ne rien utiliser, et cela a très bien fonctionné. J'ai même été surpris de la facilité avec laquelle je suis parvenu à surmonter ma dépendance. L'ironie de la situation, c'est qu'en fait, je n'étais pas à cours de cigarettes : le paquet avait glissé derrière le bureau... J'entends souvent dire qu'arrêter n'est qu'une question de volonté. C'est, à mon sens, totalement faux. Il ne faut de volonté que pour prendre la décision d'arrêter ; une fois que cette décision est prise, il n'y a plus besoin de volonté. Je m'explique. Prendre la décision d'arrêter, ce n'est pas simplement se dire qu'on arrête de fumer : c'est surtout ACCEPTER qu'on le fasse. Accepter de faire une croix sur tous les plaisirs que nous procure la cigarette. Passer en revue toutes les (fausses) bonnes sensations que l'on a lorsque l'on fume et se dire qu'on ne les vivra plus jamais. En d'autres termes, faire son deuil de la cigarette. Ce n'est pas une opération simple, et c'est même à mon sens la plus difficile. En ce qui me concerne, cela m'a pris une journée complète, voire un peu plus. Une fois que ce deuil est fait, le reste n'est (presque) plus qu'une formalité. On surpasse aisément toutes les envies ponctuelles de fumer, car on a réussi à se construire un schéma mental dans lequel l'arrêt de fumer n'est pas vécu comme une privation. Puisque la privation est acceptée et assumée dès le départ, elle devient libération. On est intérieurement persuadé que la cigarette que l'on ne fume pas nous apporte bien plus que celle que l'on fume... Enfin voilà, je ne dis pas que mon cas est universel, mais je reste intimement persuadé que l'étape clé reste celle de la décision. Si on vit l'arrêt comme un calvaire, une privation, en craignant toutes les deux minutes à quel point cela va être horrible... je pense que l'arrêt sera très, très difficile. Dans ce cas oui, il faut BEAUCOUP de volonté. Si au contraire l'arrêt n'est pas vécu comme une contrainte mais comme un mieux, alors il n'y aura certainement pas (ou moins) de problème... En revanche, je suis persuadé que tout le monde est égal devant la cigarette. Il n'y a rien de tel que des cas particuliers, les fameux "moi, c'est différent" évoqués plus haut. Toutes ces fausses excuses ne servent pour le fumeur qu'à fuir la prise de décision..."

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