Les additifs du tabac





L'ingnierie de la cigarette et la dpendance la nicotine

Clive BATES
Action on Smoking and Health
London

Dr. Martin JARVIS
Imperial Cancer Research Fund
London

Dr. Gregory CONNOLLY
Massachusetts Tobacco Control Program
Boston

14 Juillet 1999

Résumé

Introduction
Dans l’Union Européenne, plus de 600 additifs sont autorisés dans la fabrication des produits à base de tabac, ceci dans un cadre législatif extrêmement flou et fortement décentralisé. Bien que les additifs du tabac soient en général contrôlés quant à leur toxicité directe, il n’y a pour ainsi dire aucun contrôle ni évaluation de l’impact de ces additifs sur les comportements tabagiques, ou sur d’autres conséquences néfastes éventuelles. Si l’ajout d’une petite quantité d’une substance relativement inoffensive rend le tabac plus addictif, ou rend l’initiation au tabagisme plus facile, ou facilite la poursuite de la consommation de tabac, cette substance, parce qu’elle conduit d’une manière ou d’une autre à fumer davantage, est susceptible de provoquer des dégâts importants. En effet, une telle augmentation de la consommation de tabac accroît l’exposition à plus des 4000 substances chimiques contenues dans la fumée, dont certaines sont hautement toxiques et cancérigènes. Si l’on considère que plus de 500'000 personnes meurent de manière prématurée chaque année dans l’Union Européenne des suites de maladies dues au tabac, un simple changement de 1% dans la consommation du tabac dû à l’emploi d’additifs aurait des conséquences sanitaires très importantes, se traduisant par la perte de dizaines de milliers de vies tous les ans. C’est pour cette raison que la question des additifs du tabac devrait être considérée comme un enjeu majeur de santé publique.

Sources
Ce rapport puise dans des données contenues dans des documents internes de l’industrie du tabac et qui sont entrés dans le domaine public lors des récentes actions en justice aux Etats-Unis. Ces documents sont accessibles sur l’Internet ou dans les archives de British American Tobacco à Guilford, au Royaume Uni. Ce rapport évoque également les avis des différents comités de conseil scientifique du gouvernement britannique) depuis 1971, ce qui permet de constater que le problème est reconnuet fait débat, depuis plus de 30 ans.

Quelles marques, quels additifs ?
Bien que 600 additifs soient autorisés dans les produits à base de tabac, seuls les fabricants sont en mesure de préciser quels additifs sont utilisés et dans quelles marques. Ni le gouvernement [britannique] ni la Commission Européenne, qui portent la responsabilité de la réglementation en matière de produits à base de tabac, ne possèdent ces informations, et ils n’ont pas davantage autorité pour les obtenir.

Constats du rapport
La plupart des additifs ne sont pas nécessaires, et peu ont été utilisés avant 1970. Le but de ce rapport est de sensibiliser sur l’impact des additifs sur les comportements tabagiques. Les constats de ce rapport font penser que les enjeux sont réels, et qu’il faut une vigilance accrue de la part du législateur. En effet, les questions suivantes semblent appeler une attention particulière:
* Certains additifs sont utilisés pour produire des cigarettes qui délivrent des niveaux élevés de nicotine « libre », ce qui augmente le caractère addictif de cette substance. Des composés ammoniaqués peuvent jouer ce rôle en augmentant l’alcalinité de la fumée.
* Des additifs sont utilisés pour améliorer le goût de la fumée de tabac, de manière à rendre le produit plus attractif aux consommateurs. Bien qu’apparemment inoffensif, l’ajout d’arômes qui rendent la cigarette plus « attractive » ou plus « acceptable » constitue en lui-même un sujet de préoccupation.
* Des édulcorants ou du chocolat peuvent rendre les cigarettes plus acceptables pour des enfants ou pour des personnes qui essaient leur première cigarette. L’eugénol et le menthol anesthésient la gorge, de sorte que celui qui fume ne ressent pas l’irritation de la fumée.
* Des additifs tels que le caco peuvent être utilisés pour dilater les voies respiratoires, permettant à la fumée de pénétrer plus facilement et plus loin vers les poumons, ce qui expose l’organisme à plus de nicotine et à des niveaux plus élevés de goudrons.
* Certains additifs sont toxiques ou addictifs, soit par eux-mêmes soit en association. Lorsque les additifs brûlent, des produits de combustion se forment qui peuvent être toxiques ou pharmaco-actifs.
* Des additifs sont utilisés pour masquer l’odeur et la visibilité de la fumée « ambiante » ou « passive » (celle qui s’échappe latéralement), ce qui rend plus difficile de s’en protéger, et discrédite l’idée que fumer en public est un acte anti-social, sans pour autant que les risques réels de la fumée passive soient diminués.

Réglementation
Le cadre réglementaire existant est basé sur la notion que des additifs sont utiles pour faciliter l’acceptation par le consommateur des cigarettes dites « légères » (« low tar », faible teneur en goudrons). L’intention était, en facilitant un changement de consommation en faveur des produits « légers », de réaliser des « gains » en termes de santé. On ne dispose pas de données qui montrent que des additifs sont utilisés seulement, ou même majoritairement, dans des produits à faibles teneurs en goudrons. Par contre, il existe aujourd’hui de fortes indications qui mettent en doute la valeur de ces cigarettes « légères ». Celles-ci sont généralement associées à des filtres perforés pour diluer la fumée avec de l’air, mais les fumeurs prennent l’habitude, consciemment ou non, de boucher les trous et ainsi de contrôler la dilution de la nicotine dans la fumée. Ou encore, les fumeurs compensent le manque en fumant plus intensément. Si la raison d’être de cette réglementation permissive est discréditée, il faut une nouvelle approche.

Nécessité d’un nouveau cadre réglementaire
Il faut un nouveau cadre réglementaire qui oblige le fabricant à démontrer que la composition des produits à base de tabac, par exemple l’inclusion d’additifs, ne conduisent pas à augmenter les effets délétères du tabac. Dans ces derniers, il faut inclure l’impact des additifs sur les comportements tabagiques, la fumée passive et les risques d’incendie. Bien qu’il ne soit pas possible de fabriquer des cigarettes qui ne présentent pas de danger, il est parfaitement raisonnable de chercher à empêcher les fabricants de mettre en œuvre des stratégies qui conduisent à augmenter les dégâts causés par le tabac. Un cadre réglementaire de ce type pourrait comporter les éléments suivants:

· Information et transparence
Les fabricants devraient être dans l’obligation de faire connaître à une instance de régulation désignée (au Royaume Uni ce serait le Department of Health) tous les additifs utilisés dans leurs produits à base de tabac, produit par produit. Cette approche est déjà en vigueur dans le Massachusetts, aux USA, et en Colombie Britannique, au Canada.

· Information au public
Ces informations ne devraient pas rester confidentielles, et devraient être accessibles par le biais de publications, sur l’Internet, ou sur demande auprès de l’instance de régulation.

· Emballages
Il peut être nécessaire de lister certains additifs comme ingrédients sur les paquets de tabac. Cette décision est distincte de l’obligation d’information par d’autres voies: la bonne approche se définira par une évaluation du bénéfice direct de ces informations pour le consommateur.

· Information sur les raisons d'ajouter des additifs
Les fabricants de tabac devraient être dans l’obligation de préciser la raison de l’inclusion d’un additif, ainsi que tout effet secondaire, qu’il soit ou non recherché.

·Travaux de recherche et publications
Les fabricants de tabac devraient être contraints d’entreprendre des recherches toxicologiques et pharmacologiques approfondies sur tout additif.

· Les pouvoirs des instances de régulation
L’instance de régulation devrait détenir l’autorité pour remettre en cause tout produit parmi des 600 additifs actuellement autorisés, et pour le retirer du marché en attendant que le fabricant soit en mesure de démontrer qu’aucun effet délétère supplémentaire ne découle de manière directe ou indirecte de l’utilisation de cet additif. Si le fabricant n’est pas en mesure de fournir les preuves nécessaires, (par exemple en raison de restrictions sur l’emploi d’animaux dans les centres d’expérimentation) il faut appliquer le principe de précaution et interdire l’additif.

· Une attention particulière aux additifs pharmaco-actifs
Il faut une remise en question automatique de tout additif dont on peut penser qu’il possède une action pharmacologique directe ou indirecte. Il faut autoriser un nouvel additif à la seule condition que le fabricant soit en mesure de démontrer que son utilisation n’aggrave pas les effets toxiques du tabac et ne produit pas de conséquences négatives d’une autre nature.

· Autorisation d’additifs essentiels
Le cadre réglementaire doit avoir pour mission d’autoriser les additifs nécessaires à la fabrication et au stockage des produits à base de tabac, à condition qu’ils ne présentent pas de risque pour la santé, mais d’interdire tout additif susceptible d’influencer le comportement tabagique.


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1. Introduction: les produits à base de tabac et les additifs

La cigarette vue comme un dispositif d’administration de la nicotine

Pour comprendre le rôle des additifs, il faut d’abord savoir comment fonctionne la cigarette. Le succès durable de l’industrie du tabac découle directement de la nature addictive de la nicotine et de la consommation du tabac. Les industriels du tabac ont reconnu les premiers que la cigarette, qui est commercialisée comme accessoire d’un certain style de vie, est en fait un dispositif d’administration d’une drogue entraînant la dépendance. Il y a pléthore de documents émanant de l’industrie du tabac qui montrent que les produits à base de tabac remplissent essentiellement le rôle de systèmes sophistiqués d’administration de la nicotine, mettant en oeuvre une haute technicité. Pour plus de détails sur ces aspects, se référer au rapport ASH Tobacco explained (chapitre 2) [1]. En voici deux extraits à titre d’exemple:<

Philip Morris explique…

« La cigarette doit être considérée non comme un produit mais comme un emballage ou un dispositif. Le produit c’est la nicotine. Voyez le paquet de cigarettes comme étant l’étui qui contient la quantité de nicotine nécessaire pour la journée. … Voyez la cigarette comme un distributeur d’une dose de nicotine… La fumée est sans aucun doute le meilleur véhicule de la nicotine, et la cigarette le meilleur distributeur de fumée.[2] (Philip Morris, 1972)

RJR (RJ Reynolds Tobacco) reconnaît appartenir à l’industrie pharmaceutique

« D’une certaine façon, il est possible de considérer que l’industrie du tabac constitue un segment très spécialisé, hautement ritualisé et stylisé, de l’industrie pharmaceutique ».[3] (RJR 1972)

L’impact des additifs sur le comportement tabagique

La technologie des additifs est un outil important utilisé par l’industrie du tabac dans la production de cet "emballage" ou dispositif de distribution de nicotine. Bien que certaines cigarettes aient été mises sur le marché comme étant sans additifs, d’après la déposition orale de JL Pauly, Santa Fe Natural Tobacco Co., la cigarette américaine contient aujourd’hui environ 10% de son poids en additifs, principalement sous forme de sucres, d’arômes, et d’humectants [4]. Mais il existe d’autres additifs, en plus petites quantités, dont on peut penser qu’ils ont un effet plus fondamental sur le produit. Les données dont on dispose indiquent que des additifs sont utilisés par les fabricants pour leur influence sur les effets pharmacologiques de la nicotine, pour rendre tel ou tel produit plus attractif pour les fumeurs jeunes en période d'initiation au tabagisme, ou pour masquer le goût et l’inconfort ponctuel de la fumée.

Le mécanismes de la dépendance et le rôle subtil des additifs

Au niveau le plus simple, la cigarette permet d’acheminer une dose du principal produit actif, la nicotine, jusqu’au poumons du fumeur, sous forme d’un mélange de particules et de gaz formant la fumée. La nicotine est rapidement absorbée dans le sang en raison de la très grande surface d’absorption des poumons (ainsi que de la bouche et de la gorge) et atteint le cerveau en moins de dix secondes. Le récepteurs du cerveau réagissent à la stimulation de la nicotine en libérant des substances – de la dopamine et d’autres neurotransmetteurs – qui procurent au consommateur une sensation décrite comme un « shoot » ou un « coup de fouet », et qui correspond à l’effet stimulant de la nicotine. Avec le temps, les récepteurs se conditionnent à recevoir de la nicotine (c’est la tolérance), et lorsqu’il en est privé, le fumeur ressent un syndrome de sevrage, qui est, pour beaucoup d’individus, extrêmement désagréable. Cet impact pharmacologique et les désagréments du sevrage, en association avec des facteurs psychiques et sociaux, créent la dépendance vis à vis des produits à base de tabac. La nicotine est la principale cause de cette dépendance. Ce rapport démontrera que l’acheminement de la nicotine vers les récepteurs nicotiniques du cerveau peut être subtilement influencé par l’utilisation d’additifs.

Les effets délétères du tabagisme

Les particules et les gaz de la fumée de tabac dans laquelle est transportée la nicotine comprennent des milliers de substances chimiques dont beaucoup sont toxiques ou cancérigènes. Alors que c’est la nicotine qui amène les gens à fumer, ce sont d’autres substances qui sont à l’origine de la plupart des dégâts sur la santé. Ces autres substances sont souvent regroupées sous le terme de « goudrons », et elles confèrent l’arôme et d’autres sensations gustatives. Ces goudrons, ainsi que les gaz qui résultent de la combustion, comme le monoxyde de carbone, provoquent des cancers, des maladies coronaires et respiratoires, et bien d’autres troubles. La législation a tenté de réduire l’exposition aux goudrons en exigeant une diminution des taux de goudron.

Des cigarettes théoriquement légères

La généralisation de l’utilisation des additifs dans le tabac est intimement liée aux stratégies visant à réduire la teneur en goudrons. Le taux de goudrons et de nicotine dans la fumée sont mesurés par une machine à fumer calibrée qui « fume » la cigarette avec un volume et une fréquence de bouffées fixes, les résidus de goudrons et de nicotine étant collectés sur un filtre pour être ensuite pesés. Plusieurs gouvernements ont exigé une réduction des taux de goudrons mesurés de cette manière, dans l’espoir de réduire l’exposition des fumeurs aux goudrons et donc de réduire les dégâts liés à la consommation de tabac.

Les cigarettes légères: réalités pratiques

Pratiquement parlant, les cigarettes « légères » ont été produites en les dotant de filtres, et en prévoyant une ventilation dans les filtres, et c’est cette dernière caractéristique qui est importante (Kozlowski et al. 1998) [5]. Des perforations dans le filtre permettent d’aspirer de l’air, qui dilue la fumée, ce qui réduit la quantité de goudrons et de résidus de nicotine collectés par la machine de mesure. Dans les cigarettes affichant le plus faible taux de goudrons, 80% de la « fumée » est en fait de l’air aspiré par les perforations de ventilation. Le fait d’assurer cette ventilation atténue le goût de la fumée, puisque les agents qui déterminent l’arôme sont dilués par l’air. Toutefois, les fumeurs ne fument pas comme des machines. Si la fumée est diluée, le fumeur aura tendance à « compenser » en fumant les cigarettes légères de manière plus intensive pour arriver à obtenir une dose de nicotine satisfaisante. Cette compensation peut se faire sous la forme de bouffées plus fréquentes et plus profondes, ou en bloquant les perforations, souvent de manière inconsciente. Au total, les fumeurs qui consomment les produits « légers » ne consomment pas moins de nicotine (Benowitz et al, 1983 [6], Bates & Jarvis, 1999 [7]). Une étude de documents issus de l’industrie du tabac conduite par ASH et l’Imperial Cancer Research Fund (UK) (Low tar: why low tar cigarettes don’t work and how the tobacco industry fools the smoking public [8]) fournit de plus amples détails sur l’inefficacité des cigarettes « légères », ainsi que sur ce que savaient, à ce sujet, les fabricants de tabac, et ce qu’ils en ont dit sur la place publique.

Les cigarettes légères et les additifs

L’une des principales justifications de l’adjonction d’arômes artificiels est le remplacement des arômes perdus par la dilution de la fumée. En théorie, le but était de faciliter l’adoption de produits à faibles teneurs en goudrons. Cependant, les bénéfices attendus en matière de santé de l’arrivée des cigarettes à faibles teneurs en goudrons ou « légères » n’ont pas été au rendez-vous. Dans le même temps, un cadre réglementaire extrêmement flou concernant les additifs a vu le jour. Bien que les consommateurs de produits « légers » puissent en fait consommer autant de goudrons et de nicotine qu’auparavant, il leur faudra consommer des volumes plus importants de fumée diluée pour y parvenir. C’est un peu comme couper le vin avec de l’eau, on peut s’enivrer, mais il faut en consommer davantage et le goût est atténué.


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2. Rapports du comité scientifique sur les additifs du tabac

Conseil scientifique au gouvernement britannique

En matière de santé et tabagisme, le gouvernement britannique reçoit des recommandations d’un comité scientifique permanent établi depuis de longues années. Les recommandations en matière de contrôle des additifs du tabac ont d’abord été publiées dans le First Report of the Independent Scientific Committee on Smoking and Health (ISCSH) en 1975[9]. L’ISCSH a été créé en 1973, principalement pour rédiger les recommandations concernant les essais sur les substituts du tabac, qui étaient en cours de développement à l’époque. Ce chapitre passe en revue les conclusions de ce comité au sujet des additifs du tabac.

Les dispositions en vigueur avant 1970

Avant 1970, l’utilisation d’additifs dans les produits à base de tabac était interdite en l’absence d’autorisation explicite des autorités douanières (Commissioners of Customs and Excise, section 176 du Customs and Excise Act, 1952) Cette autorisation n’était accordée que dans des limites très strictes, et concernait principalement les arômes dans des tabacs autres que les cigarettes. L’interdiction s’appliquait à l’importation de produits à base de tabac qui contiendraient des additifs et à la production de cigarettes contenant des additifs et destinées à l’exportation.

2.1. Le premier rapport de l’ISCSH (1975)

La loi de finance votée au Royaume Uni en 1970 a changé la réglementation, et a prévu la levée de taxes sur les additifs et les substituts du tabac, ce qui a ouvert la voie à la suppression des restrictions sur les additifs. Les contrôles sur les matières premières utilisées dans la fabrication des cigarettes ont finalement disparu avec la réforme du système fiscal en 1978. Le premier rapport de l’ISCSH fait état d’inquiétudes quant au risque que cette loi n’augmente les dangers pour la santé de la consommation du tabac, et conclut:
« Il faut trouver d’autres moyens pour parer aux éventuels risques pour la santé ».

Ces « autres moyens » ont vu le jour sous la forme d’un accord volontaire entre les fabricants de tabac et le gouvernement britannique qui prévoyait que les fabricants fournissent le détail des additifs qu’ils entendaient utiliser. Il était prévu de n’autoriser que les additifs approuvés par l’ISCSH. En annexe au rapport de 1975 il y avait des recommandations pour les essais et pour l’utilisation des produits à base de tabac qui contiendraient des additifs. Dans le second rapport, ces recommandations étaient amendées pour inclure l’obligation générale d’une étude sur la toxicité aiguë après inhalation et du recueil de données sur le transfert de tout nouvel additif dans la fumée.

2.2. Le deuxième rapport de l’ISCSH (1979)

Le deuxième rapport publié par l’ISCSH fait état des inquiétudes des auteurs concernant l’adjonction éventuelle dans le tabac de composés «favorisant la dépendance ». Dans le paragraphe 13 on lit:
« L’inclusion d’agents d’arôme dans les cigarettes pourrait ne rien faire pour diminuer l’envie de fumer, et pourrait bien au contraire la renforcer »[10].

L’industrie du tabac affirme que l’une des fonctions-clés des additifs est de faire en sorte que les cigarettes « légères » soient plus attractives. L’ISCSH accepte cette notion, et fait remarquer:
« Les marques de cigarettes légères ou demi-légères existantes ne plaisent pas à certains fumeurs, mais si ceux qui fument des cigarettes fortes pouvaient être amenés à adopter des produits légers suite à une amélioration de l’acceptabilité par l’inclusion d’additifs, il serait possible de réduire les risques du tabagisme. Le Comité reconnaît la valeur potentielle de ce type d’utilisation des additifs d’arôme. »[11].

Le second rapport de l’ISCSH exprime sa satisfaction au sujet de l’utilisation d’autres additifs qui n’étaient pas couverts par les recommandations. Ces additifs comprennent ceux utilisés dans les filtres et les papiers à cigarette, dans l’enveloppe et les embouts des filtres. Ces additifs pouvaient étaient utilisés sans en référer au comité scientifique. Entre 1979 et 1983, le comité a révisé les recommandations pour inclure une évaluation de « toutes les substances ajoutées aux composants des produits à base de tabac qui sont destinés à être brûlés. Ainsi toute substance incorporée dans les papiers à cigarette était incluse dans les recommandations révisées annexées au troisième rapport de l’ISCSH.

2.3. Le troisième (1983) et le quatrième (1988) rapport de l’ISCSH

Le troisième rapport de l’ISCSH arrive à la conclusion que le système de transmission d’information concernant les additifs fonctionnait bien, et recommande son maintien[12]. Le quatrième rapport, publié en 1988 arrivait aux mêmes conclusions[13].

2.4. SCOTH (1998)

Il semble que les autorités aient continué d’avaliser les arguments de l’industrie du tabac concernant la nécessité des additifs jusqu’à la publication d’un rapport du Scientific Committee on Tobacco and Health (SCOTH) en 1998. SCOTH affirme:

« Un des effets (des additifs) a été de maintenir le « goût » alors que les niveaux de goudrons ont été diminués, entraînant une perte d’arôme naturel. Le côté négatif de cette tendance a été le maintien de l’attractivité du produit, qui autrement aurait pu perdre son attrait par l’altération de son arôme intrinsèque. »[14]

SCOTH, qui a remplacé l’ISCSH, a examiné les recommandations sur les additifs du tabac et a formulé des suggestions pour les réviser à la lumière des avancées scientifiques et techniques. Alors que l’ISCSH exprimait clairement ses réserves en raison de la possibilité que les additifs puissent faire perdurer la consommation de cigarettes en les rendant plus attrayantes, la seule recommandation formulée par SCOTH concerne la nécessité d’un contrôle strict de l’emploi d’additifs dans le tabac. En pratique, il recommande que le Technical Advisory Group, qui rend ses rapports à SCOTH, examine régulièrement les évolutions dans les modalités d’utilisation et dans les types d’additifs utilisés.

A aucun moment au cours de ces 25 années le Department of Health britannique ou ses instances de conseil n’ont reçu d’informations indiquant quels additifs ont été utilisés dans quels produits à base de tabac. On ne dispose donc d’aucune preuve permettant d’affirmer que les additifs autorisés ont effectivement été employés dans des produits « légers », ou de manière plus large. Il n’y a pas eu non plus de validation de l’hypothèse d’un bénéfice pour la santé, censé être assuré par ce cadre législatif libéral accordé aux additifs du tabac.

2.5. Le « Voluntary Agreement » de 1997 au Royaume Uni

Les additifs existants échappent à l’examen détaillé

L’accord (Voluntary Agreement) de 1997 au Royaume Uni exige des fabricants de tabac qu’ils fournissent des données, toxicologiques et autres, pour tout nouvel additif que les fabricants souhaitent ajouter à la liste des additifs autorisés, mais ce type d’information n’est pas exigé pour les 600 additifs déjà autorisés.

Champ d’évaluation limité

De plus, même pour de nouveaux additifs, il n’y a aucune exigence visant à contraindre les fabricants à expliciter le rôle de l’additif: il est simplement dit qu’il est « souhaitable que la raison de l’utilisation [de la substance] soit précisée ». Bien qu’il se puisse que certains additifs soient anodins ou même bénéfiques, dans le cadre actuel du système d’accord volontaire il n’y a aucun moyen d’évaluer les avantages et les inconvénients relatifs de ces substances. Il n’y a aucun critère clair pour l’autorisation ou l’interdiction d’une substance dans cet accord. Les critères proposés sont seulement: « les résultats des tests de toxicité ne sont pas satisfaisants » ou « l’acceptabilité ne peut pas être évaluée sur la base des informations fournies ». L’impact sur le comportement tabagique n’est pas évalué.

Une faille dans la législation Européenne

Une dernière faiblesse, fatale, du Voluntary Agreement, est qu’il est possible de le contourner purement et simplement. La directive 83/189/CEE stipule que le Department of Health « ne peut pas formuler d’objection » à l’utilisation d’un additif autorisé dans tout autre état membre, pourvu que certaines informations spécifiées soient fournies.

Conclusion

Le cadre établi par le UK Voluntary Agreement en 1997 n’est pas rétrospectif, il est trop étroitement ciblé, et peut être entièrement esquivé. Il n’offre donc qu’une protection minime, et peut en fait cautionner des pratiques qui ont des effets délétères sur la santé humaine.


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3. Rehausser l’impact: les additifs à effet pharmacologique

« Le principal défi technique a été de diminuer le taux de goudrons dans la cigarette tout en maintenant un niveau de nicotine acceptable pour le fumeur. »[15] (Farone, W.A. 1996, ancien chercheur scientifique chez Philip Morris)

3.1. La nicotine sous forme de base libre

Prendre de la nicotine comme de la cocaïne

Selon les concurrents de Philip Morris, le succès des cigarettes Marlboro résulte d’une quantité accrue de nicotine « libre » dans la fumée, en raison d’un pH plus élevé (alcalin) obtenu par une technique faisant intervenir l’ammoniaque (voir chapitre 3.2.). L’ammoniaque peut accélérer le dégagement de nicotine « libre » (non liée) accessible au fumeur en augmentant le pH de la fumée de tabac. Le fumeur consomme alors le produit « pur », comme quelqu’un qui fume de la cocaïne purifiée (« freebase » ou « crack »). Le Dr. Jack E. Henningfield, de la Faculté de Médecine de l'Université Johns Hopkins, explique l’effet de l’ammoniaque de la manière suivante:

« La troisième chose que l’on obtient en utilisant des composés d’ammoniaque, c’est qu’on augmente le pH, on augmente la quantité de nicotine libre, que le Dr. Rickert a appelé de la nicotine non-protonisée… Cette forme libre de nicotine, comme pour la cocaïne, est absorbée plus rapidement, et a un effet plus explosif sur le système nerveux. L’ammoniaque peut servir à donner de la cocaïne libre comme de la nicotine libre » (1997)[16].

De la nicotine sous différentes formes

De nombreux documents témoignent que les fabricants de tabacs admettent que la nicotine existe sous différentes formes.

« La nicotine peut être administrée au fumeur sous au moins trois formes:
i) sous forme de sels dans la phase particulaire,
ii) libre dans la phase particulaire,
iii) libre dans la phase gazeuse. On pense depuis longtemps que la nicotine présentée sous les formes ii) et iii) est considérablement plus « active »
(BAT 1984)[17].

« La nicotine est présente dans la fumée sous deux formes, sous la forme de nicotine libre (pensez ammoniac) et sous la forme de sels de nicotine (pensez chlorure d’ammonium), et il est à peu près certain que la nicotine libre est absorbée plus rapidement dans le sang » (BAT 1964)[18].

Augmenter la nicotine libre augmente « l’impact »

Une fois que la relation entre le pH, la nicotine libre, et l’impact de la nicotine a été établie, la recherche s’y est intéressée.

« Le but de ce projet est de développer une méthode permettant d’augmenter le pH de la fumée produite par une cigarette. Une cigarette avec un faible taux de particules et de nicotine mais avec une fumée à pH plus élevé produirait relativement plus de nicotine libre dans la fumée, et par conséquent un impact nicotinique accru. » (Liggett 1974)[19]

Changer la forme chimique de la nicotine en augmente l’impact

Dans un document intitulé « Principes de fabrication de la cigarette destinés à assurer à RJR une part plus importante du marché des jeunes consommateurs » RJR évoque le « kick » (impact, coup de fouet) de la nicotine.

« Tout en maintenant un filtre classique, il est facile d’obtenir « le kick » ( l’impact) de la nicotine que l’on souhaite par la régulation du pH. »[20]. (RJR, 1973).

« Le pH est également lié à la rapidité de l’impact de la nicotine. Avec l’augmentation du pH, la nicotine change de forme chimique et sera plus rapidement absorbée par l’organisme, produisant plus rapidement son « impact » sur le fumeur. »[21] (RJR 1976)

« Lorsqu’une cigarette est fumée, la nicotine se dégage dans sa forme libre. Sous cette forme, elle est plus facilement absorbée par les tissus de l’organisme. C’est donc la nicotine qui est associée avec l’IMPACT, c’est-à-dire que plus les niveaux de nicotine libre sont élevés, plus fort est l’IMPACT. » [22] (BAT 1988

Rendre la nicotine plus puissante

« Le fait d’augmenter le pH d’un milieu dans lequel la nicotine est administrée augmente l’effet physiologique de la nicotine en augmentant le rapport entre base libre et sel acide, puisque la forme libre traverse plus facilement les membranes physiologiques. Nous poursuivons cette recherche dans le but, à terme, de diminuer la quantité globale de nicotine dans la fumée, tout en augmentant l’effet physiologique de la nicotine qui subsiste, de manière à ne rien perdre de cet effet physiologique malgré la réduction de nicotine. » [23] (Liggett 1971)

La fraction de nicotine libre augmente l’effet physiologique

« Comme la nicotine libre est beaucoup plus active sur le plan physiologique et agit beaucoup plus rapidement que la nicotine liée, la fumée à pH élevé est perçue comme étant forte en nicotine. Par conséquent on peut mesurer au moins partiellement l’effet physiologique d’une cigarette par la quantité de nicotine libre produite. »[24] (RJR 1973)

Le transfert de nicotine est renforcé à la suite de traitements à l’ammoniaque

Selon BAT, l’adjonction d’ammoniaque a été un choix technique destiné à améliorer le transfert de la nicotine.

« Les résultats montrent que le traitement à l’ammoniaque assure une augmentation de la libération des bases en général, dont une augmentation de 29% pour la nicotine. Ce résultat, et en dépit de la diminution de la teneur en nicotine et d'une diminution de 10% du poids de tabac brûlé au moment des bouffées, n’est qu’en partie dû à une petite diminution de filtration de la nicotine. En d’autres termes, le transfert de la nicotine est augmenté par le traitement à l’ammoniaque. » [25] (BAT 1965)

L’emploi « judicieux » d’additifs pour augmenter la teneur en nicotine basique libre (déprotonisée).

Le fabricant de tabacs américain Lorillard admet que les additifs peuvent modifier qualitativement la nicotine administrée au fumeur.

« Il faut donc bien comprendre que si l’on doit atteindre les objectifs en termes d’impact physiologique élevé qui viennent d’être énoncés, les profils d’arôme et leur effet sur l’impact physiologique doivent être connus, même si la mesure de ces perceptions reste hautement subjective… L’emploi judicieux d’additifs est susceptible d’augmenter le pH de la fumée produite, ce qui augment les quantités de nicotine libre. » [26] (Lorillard, 1976)

Des additifs pour augmenter l’impact de la nicotine

L’ammoniaque peut être utilisée pour augmenter le pH de la fumée et augmenter la quantité de nicotine sous forme « libre », par opposition à la forme « liée » (sels de nicotine). RJR explique:

« Essentiellement, la cigarette est un système conçu pour administrer de la nicotine au fumeur sous une forme attractive et fonctionnelle. Dans une fumée au pH « normal », c’est à dire autour de 6 ou moins, presque toute la nicotine contenue dans cette fumée est combinée chimiquement à des substances acides, et donc non-volatile, et absorbée relativement lentement par le fumeur. Lorsque le pH de la fumée dépasse 6, de plus en plus de la nicotine totale dans la fumée va se trouver sous forme « libre », une forme volatile rapidement absorbée par le fumeur: il semble que ce phénomène soit instantanément perçu par le sujet. »[27] (RJR 1973)

3.2. Les techniques utilisant l’ammoniaque et l’histoire de la Marlboro.

L’avènement de la Marlboro – la cigarette qui se vend le mieux au monde

Selon le mythe, c’est l’homme de la Marlboro qui a fait la cigarette – l’icône à la mâchoire carrée de l’individualisme à l’Américaine a pris le public trop crédule dans son lasso et l’a rassemblé dans l'enclos ("corral") Marlboro. A première vue, on peut penser que le succès de la Marlboro serait tout à l’honneur des prouesses de la publicité et de l’iconographie. L’histoire de la chimie de cette cigarette, cependant, donne un autre éclairage.

Au début des années 1960, Philip Morris était le plus petit des six principaux fabricants de cigarettes aux USA, et la Winston de RJR comptait des ventes annuelles presque trois fois plus importantes que la Marlboro. Dès 1978, il y eut un bouleversement complet de la situation, la Marlboro devenant la cigarette qui se vendait le mieux au monde: une cigarette sur cinq vendues de par la planète était une Marlboro, et plus de la moitié des fumeurs de 17 ans et moins choisissait cette marque.[28]

La quête de « l’âme de la Marlboro » commence

Il n’est guère surprenant que ce développement spectaculaire de la Marlboro ait suscité des recherches tous azimuts chez les autres fabricants de tabac. Par le biais d’analyses et d’ingénierie « inverse » sur des cigarettes Marlboro, les concurrents sont arrivés à la conclusion que c’était la technologie de l’ammoniaque qui formait « l’âme » de la Marlboro.

« Philip Morris a commencé à utiliser de l’ammoniaque à partir de 1965, et cette utilisation a augmenté périodiquement entre 1965 et 1974. Cette période correspond à celle des augmentations spectaculaires des ventes réalisées par Philip Morris entre 1965 et 1974. »[29] (RJR)

Les techniques utilisant l’ammoniaque sont la clé de la Marlboro

« Quelle technologie, donc, fait qu’une Marlboro est une Marlboro ? Si l’on considère toutes les technologies mises en œuvre à l’échelle planétaire par Marlboro, c’est bien celle à base d’ammoniaque qui reste le facteur-clé. »[30] (B&W 1992)

Les marques qui se vendent bien ont des niveaux élevés de nicotine libre

Le pH plus élevé des cigarettes Marlboro a contribué à maintenir le même niveau de nicotine libre que les cigarettes à forte teneur en goudrons, en dépit d’une réduction des deux tiers de la teneur globale en goudrons et nicotine – et ceci a contribué également à développer le « goût standard » de la cigarette américaine, allant de pair avec l’iconographie du « Marlboro man », quintessence de l’homme américain.

« Si nos données, nos corrélations et nos conclusions sont valides, ce qui émerge c’est une cigarette d’un type assez nouveau, représentée par Marlboro et Kool, avec un fort « impact » nicotinique, un goût « burley » (costaud), une douceur dans la bouche, et des sensations plus développées dans la gorge, toutes ces caractéristiques étant obtenues en grande partie par un pH plus élevé de la fumée. On peut penser que d’autres marques, qui se vendent également bien, possèdent certains de ces attributs, et en particulier l’impact plus important de la nicotine « libre ».» [31] (RJR, 1973)

L’ascension de la Marlboro suit la courbe de l’introduction de l’ammoniaque

Le graphique montre de quelle manière l’augmentation régulière des ventes suit la courbe de l’augmentation du pH de cigarettes, qui à son tour à conduit à l’augmentation de la teneur en nicotine libre.




Brown and Williamson cherchent à combler le retard

« Il semble que nous disposions du savoir-faire nécessaire pour développer une cigarette à faible teneur en goudrons mais qui administre autant de nicotine libre qu’une Marlboro, une Winston ou une Kent, sans augmenter la quantité totale de nicotine au-delà des niveaux autorisés pour une cigarette « légère ». Il y a déjà sur le marché des produits qui assurent un pourcentage élevé de nicotine libre dans la fumée, à savoir Merit, Now. » [33] (B&W 1980)

« Il semblerait que la réponse accrue du fumeur soit liée au fait que la nicotine atteint le cerveau plus rapidement… Sur ces bases, il semble raisonnable de conclure que cette réponse accrue du fumeur à une fumée contenant un taux plus élevé de nicotine « assimilable » (ce qui n’est pas synonyme mais proche de la nicotine basique libre) s’explique soit par le fait que la nicotine arrive au cerveau sous une forme chimique nouvelle, soit qu’elle y arrive plus rapidement. »[34] (BAT 1966)

Lien entre le pH élevé de la fumée et de fortes ventes

Les concurrents ont bien compris le lien qui pouvait exister entre les ventes de la Marlboro et son alcalinité.

« Le pH des fumées de Kool et Marlboro sont 7,12 et 6,98 respectivement, ce qui confirme le lien entre un pH élevé de la fumée et l’augmentation des ventes de cigarettes. »[35] (Lorillard 1973)

« En raison du pH plus élevé de la fumée, la Marlboro actuelle, malgré une réduction de deux tiers de la teneur en goudrons et en nicotine au cours des années, est calculée pour avoir essentiellement la même quantité de nicotine « libre » dans la fumée que les Winston autrefois. »[36] (RJR 1973)

« Nos données montrent que la fumée de nos marques de cigarette, ainsi que celle de toutes les marques concurrentes importantes, a depuis quelques années un pH systématiquement et significativement moins élevé que celui des Marlboro, et à un moindre degré celui des Kool…. Tout suggère que le pH relativement élevé des Marlboro (et les autres produits Philip Morris) et des Kool est délibéré et contrôlé. Ceci soulève des questions relatives à 1) l’effet produit par le pH supérieur sur l’impact de la nicotine et la qualité de la fumée, et donc les performances de marché, et 2) la manière dont une fumée à pH plus élevé s’obtient. »[37] (RJR 1973)

3.3. Dissimuler la nicotine en augmentant sa phase gazeuse

L’ammoniaque contribue à contourner les tests fédéraux américains pour les teneurs en goudrons et en nicotine

L’utilisation de la nicotine « libre » avec ses effets accrus a permis aux fabricants de cigarettes de « tromper » les outils de mesure des teneurs en goudrons et en nicotine mis en place par l’US Federal Trade Commission (FTC). Par le biais d’additifs, ils ont pu développer des cigarettes pour lesquelles la machine donnait de faibles teneurs en goudrons mais qui administraient des niveaux élevés de nicotine au consommateur.

« Si l’objectif est défini comme étant une teneur accrue en nicotine dans la fumée générée par la cigarette, il semble qu’il n’y ait que deux possibilités: soit augmenter la teneur en nicotine en valeur absolue, soit augmenter le pH, ce qui permet d’augmenter la nicotine assimilable par le fumeur sans en modifier la quantité en valeur absolue. »[38] Lorillard 1976)

Dissimuler la nicotine dans la phase gazeuse

L’instrument de la FTC mesure les niveaux globaux de nicotine solide et liquide, mais ne mesure pas sa concentration dans la phase gazeuse, là où se trouve la nicotine « libre ». L’emploi d’additifs a permis de réduire les teneurs en goudrons et en nicotine obtenues par les mesures, sans compromettre les effets pharmacologiques – la mention obligatoire des niveaux de goudrons et de nicotine sur les affichages publicitaires et sur les emballages de cigarettes faisait état d’une diminution significative, alors que les fumeurs continuaient à être exposés à des niveaux élevés d’une drogue à caractère addictif. Le changement d’état de la nicotine, qui passe d’un état solide ou liquide à un état gazeux, a pour résultat de contourner les méthodes de mesure homologuées, puisqu’elles enregistrent les résidus sur les filtres de l’instrument (la « machine à fumer »).

« L’exemple type c’est que si vous ne prenez pas en compte la phase gazeuse, si j’augmente le pH et la quantité de gouttelettes dans la fumée, de manière à transformer une plus grande partie de la nicotine liquide en gaz, et si par la même occasion ce ne sont pas les gaz que je mesure, alors en fait on ne mesure pas la part de nicotine qui arrive dans la phase gazeuse. Ce sont des choses que l’on sait depuis la fin des années 60 et le début des années 70. »[39] (Farrone W.A. 6/12/97)

On fait mine de réduire la teneur en nicotine, mais « la vente continue »

L’augmentation de la fraction de nicotine libre, qui correspond à un changement qualitatif dans l’état chimique de la nicotine, signifie que l’on peut obtenir le même impact avec moins de nicotine. Autrement dit, il peut y avoir une réduction apparente de l’impact pharmacologique sans que celle-ci soit réelle.

« La quantité de nicotine en phase gazeuse peut être modifiée en changeant le pH de a fumée. Il est donc très facile d’obtenir deux cigarettes qui libèrent la même quantité de nicotine (selon les mesures du filtre Cambridge, la norme FTC) mais qui seront faciles à différencier sur le plan sensoriel de l’impact, puisque l’acidité de la fumée, et donc de la quantité de nicotine en phase gazeuse, n’est pas du tout la même. »[40] (B1W 1984)

3.4. D’autres additifs susceptibles d’augmenter les effets de la nicotine

Les recherches sur d’autres substances possédant des effets pharmacologiques

Bien que, dans les documents étudiés, l’ammoniaque semble bien être le principal outil chimique utilisé pour augmenter les effets de la nicotine, d’autres additifs ayant des effets similaires sont actuellement utilisés, et d’autres encore font l’objet de recherches. Il s’agit en particulier de l’acétaldéhyde, de l’acide lévulinique, de la théobromine et de la glycyrrhizine. Bien que ces substances soient décrites par les fabricants comme des adoucisseurs ou des « rehausseurs d’arôme », il semble qu’elles soient toutes destinées à assurer un rôle pharmacologique par le contrôle des niveaux d’absorption de la nicotine et/ou de son mode d’administration au consommateur.

Des interactions synergiques

Au cours de son témoignage dans les récentes affaires de justice, W.A. Farone a noté que

« les interactions [entre les additifs et la nicotine] peuvent expliquer la différence entre la difficulté à renoncer à la pipe ou aux cigares, et la difficulté à renoncer aux cigarettes. »[41] Farone W.A. 1997)

3.4.1. L’acétaldéhyde

L’acétaldéhyde est produit par la combustion de sucres (l’additif le plus courant dans les tabacs)[42]. Les chercheurs de l’industrie du tabac se doutaient que l’acétaldéhyde pouvait augmenter les effets addictifs de la nicotine. Victor J. DeNoble, cadre de recherche chez Philip Morris, a initié des recherches au début des années 80 pour explorer les effets comportementaux de la nicotine et de l’acétaldéhyde sur des rats. Il a constaté que ces deux produits agissent de manière synergique, augmentant le pouvoir addictif de la nicotine. Les rapports de DeNoble pour Philip Morris révèlent le potentiel de l’acétaldéhyde dans ce rôle:

« On peut résumer les résultats de la manière suivante: 1. L’acétaldéhyde joue effectivement un rôle de renforcement positif chez les rats. 2. L’acétaldéhyde, à doses égales à celles de la nicotine est plus efficace que celle-ci pour entretenir le comportement d’auto-administration. 3. Le système opioïde endogène n’est pas impliqué dans le maintien de l’auto-administration de l’acétaldéhyde, et 4. Des combinaisons de nicotine et d’acétaldéhyde produisent des effets plus qu'additifs en ce qui concerne l'auto-administration. »[43] (PM)

« L’acétaldéhyde seul a maintenu le comportement d’auto-administration chez les rats à une fréquence plus élevée que pour de la nicotine à des doses en mg/kg égales. Ceci reste cohérent avec d’autres observations faites dans le même laboratoire. » [44] (Philip Morris 1983)

« Dans l’ensemble, l’impact de l’acétaldéhyde sur les EEG (électro-encéphalogrammes) était similaire à celui de la nicotine. » [45] (PM 1983)

« DeNoble a détecté un effet synergique ou « additif » en utilisant des combinaisons acétaldéhyde/nicotine. Cette expérience a été étendue, avec un protocole légèrement différent mais acceptable, dans lequel chaque rat consommait des doses en dessous de l’équivalent d’une cigarette (8 µg/kg/dose), et DeNoble a pu de nouveau constater un effet synergique entre l’acétaldéhyde et la nicotine. »[46] (PM 1982)

A la suite de cette découverte, DeNoble et son équipe ont reçu l’ordre de trouver le rapport optimal entre les deux composés. Selon le témoignage de DeNoble, une fois que la société avait trouvé ce rapport optimal pour déterminer la dépendance, les niveaux de sucres dans les cigarettes Marlboro ont été augmentés pour obtenir l’augmentation nécessaire des niveaux d’acétaldéhyde.

« Comment ont-ils fait ? C’est très simple, ils ont ajouté des sucres, parce que lorsqu’on brûle du sucre on forme de l’acétaldéhyde. Maintenant on peut se poser la question suivante: si les fabricants de tabac réduisent les teneurs en acétaldéhyde comme l’affirme Philip Morris, pourquoi est-ce que Marlboro a augmenté les niveaux d’acétaldéhyde de 40% dans l’espace de 10 ans, et pourquoi cette augmentation est-elle maintenue aujourd’hui ? » [47] DeNoble, déposition verbale 1997)

3.4.2. L’acide lévulinique

Si on ajoute de la nicotine pure au tabac il s’ensuit deux effets indésirables. D’abord cela rend la fumée plus âcre et plus difficile à fumer, et deuxièmement cela donnera un résultat de mesure FTC plus élevé. RJR a breveté une méthode pour contourner ce problème, en utilisant un sel constitué de nicotine et d’un acide organique (par exemple le lévulinate de nicotine) ce qui augmente l’impact de la nicotine tout en maintenant les goudrons et la nicotine à des taux faibles sur les mesures FTC.

L’emploi de sels organiques pour masquer l’agressivité de la nicotine

« Il serait souhaitable de produire une cigarette ultralégère en matière de goudrons, apte à fournir un tabac doté d'un goût, d'une force et d'une satisfaction du consommateur égaux à celui des cigarettes à plein arôme et faible taux de goudrons (full flavour low tar), sans pour autant qu'elles soient perçues comme trop âcres ou irritantes Il serait également souhaitable de produire une cigarette à plein arôme et faible taux de goudrons (full flavour low tar) avec les caractéristiques de goût, de force, et de satisfaction d’une cigarette « full flavour » (normale), sans qu’elle soit perçue comme agressive ou irritante. Les cigarettes dans lesquelles on incorpore un sel tel que le lévulinate de nicotine donnent des mesures FTC faibles pour le rapport goudron/nicotine, tout en assurant les caractéristiques suivantes:
i) un goût doux, acceptable et aromatique,
ii) une satisfaction du consommateur. Ces cigarettes ne sont ni âcres ni irritantes, et ne présentent pas de goût désagréable ou étranger au tabac. »

Brevet n°4,830,028. Les sels issus de la nicotine et d’acides organiques comme additifs de la cigarette, RJR, 16 mai 1989.

RJR entreprend des recherches pour favoriser la liaison

Sous le titre « Amélioration des liaisons entre la nicotine et les récepteurs nicotiniques par l’utilisation de lévulinate de nicotine et l’acide lévulinique », le document suivant montre comment l’acide lévulinique augmente les effets de la nicotine.

« Le lévulinate de nicotine et l’acide lévulinique augmentent de manière significative les quantités de L-(3H)-nicotine (nicotine marquée radioactivement) liée au récepteurs nicotiniques dans le cerveau des rats. L’augmentation observée varie entre 20 et 50%, avec une moyenne autour de 30%. La quantité totale de nicotine marquée par des isotopes fixée sur les récepteurs était au-dessus du niveau qu’on pourrait s’attendre à trouver en cas de fixation sur les seuls récepteurs à forte affinité. L’effet maximal, qui a été observé à des concentrations de lévulinate de nicotine et d’acide lévulinique de la gamme nanomolaire basse est inversé à des concentrations plus élevées. Un modèle informatique a été développé et testé à partir de ces résultats. Selon ce modèle, l’acide lévulinique se fixe sur un site allostérique sur une catégorie de récepteurs à faible affinité, et augmente l’affinité de ces récepteurs à l’égard de la nicotine. A des concentrations plus fortes, cet effet est inversé par ce même acide lévulinique, étant donné qu’il a également une affinité modérée pour les sites de fixation de la nicotine. »[48] (RJR 1989)

« L’acide lévulinique (acide 4-oxopentanoïque) est d’abord une produit résultant de la dégradation de l’amidon, du sucre de canne, ou de matériaux contenant de la cellulose. »[49] (RJR 1989)

Existe-t-il d’autres composés qui contribuent à fixer la nicotine sur les récepteurs ?

Le même document, s’agissant peut-être d’autres recherches:

« De même, il a été démontré qu’il existe des composés qui améliorent la fixation de la nicotine sur récepteurs du cerveau. »[50] (RJR 1989)

Les citations ci-dessus montrent l’étendue des possibilités de manipulation des propriétés chimiques de la fumée et des paramètres de la dépendance à la nicotine. Le lévulinate de nicotine et l’acide lévulinique modifient la chimie du cerveau lui-même de manière à le rendre plus réceptif à la nicotine.

3.4.3. Le cacao et la théobromine

Le cacao est très largement utilisé comme additif: il contient des alcaloïdes qui peuvent modifier les effets de la nicotine, et qui peuvent à leur tour avoir un effet pharmacologique. Le cacao contient également environ 1% de théobromine, un broncho-dilatateur, qui favorise la dilatation des voies respiratoires et facilite l’inspiration de la fumée et donc l'absorption de la nicotine.

Les citations qui suivent sont tirées de documents scientifiques et médicaux détenus par Philip Morris:

« La théobromine: principal alcaloïde contenu dans la fève de cacao, qui en contient entre 1,5 et 3%….. a un effet broncho-dilatateur chez les asthmatiques. »[51]

« L’effet de broncho-dilatation d’une dose de 10mg de théobromine a été comparé à celui d’une dose de 5mg de théophylline chez de jeunes patients asthmatiques…. Dans cette étude à dose unique, l’effet de broncho-dilatation produit par la théobromine était cliniquement et statistiquement significatif…une amélioration a été notée pour tous les tests de la fonction pulmonaire après ingestion de théobromine ou de théophylline. »[52]

Il faut noter que le terme « amélioration » fait référence à une dilatation significative des voies respiratoires à l’intérieur des poumons du fumeur.

3.4.4. La glycyrrhizine

Cette substance est l’un des composants de la réglisse, qui est un autre additif couramment utilisé, elle a également un effet broncho-dilatateur.

« Quelle est l’action d’un broncho-dilatateur ? Il facilite l’inhalation, et par conséquent si vous avez du mal à aspirer la fumée dans vos poumons, un broncho-dilatateur sera une bonne chose. On m’a demandé récemment si je savais si la glycyrrhizine administrée [dans la fumée] est dégagée à des concentrations suffisantes pour provoquer cet effet. Je ne connais pas la réponse à cette question. Il serait intéressant de savoir si l’industrie du tabac a fait des études à ce sujet. Si oui, il semble bien que ce soit le genre d’information à partager, en lien avec la question des ingrédients. Ceci dit, cependant, on sait que cela peut se produire, c’est effectivement un broncho-dilatateur. Il y a une très forte probabilité dans ce sens, mais il faudrait des études. »[53] (Farone WA 1997)

3.4.5. La pyridine

Une déposition de WA Farone, ancien employé de Philip Morris, évoque l’impact possible de l’ajout aux cigarettes d’alcaloïdes autres que la nicotine:

« On a tendance à ne penser qu’à la nicotine, mais il faut se rappeler que le tabac contient d’autres alcaloïdes. A titre d’exemple, j’ai ici un livre très ancien sur la pharmacie et la thérapeutique. Il a été écrit en 1894 et publié en 1895, et j’aimerais vous lire juste un petit passage. C’est dans le chapitre sur le tabac, et voici ce que l’on lit: « Il contient un alcaloïde alimentaire très puissant et très toxique, la nicotine ». Plus loin, il poursuit: « sa combustion dégage plusieurs produits dont la pyridine et ses composés qui produisent les mêmes effets que la nicotine mais avec une sévérité moindre ». Nous voilà donc en 1894, et l’on sait parfaitement que la pyridine agit comme la nicotine au moins dans une certaine mesure, et si vous allez voir dans un livre moderne, vous allez vous apercevoir que c’est un dépresseur du système nerveux central, tout comme la nicotine. Donc si j’ajoute de la pyridine, soit à l’état de pyridine pure, soit contenue dans un composé chimique qui, une fois brûlé ou pyrolysé, se convertit en pyridine, j’augmente la quantité de pyridine que le fumeur absorbe, et en associant la pyridine à la nicotine j’augmente l’effet total sur le système nerveux central. Il devient alors extrêmement important pour nous de comprendre les interactions entre les additifs et les ingrédients, et ce qui en résulte sur les phénomènes pharmacologiques déterminés par la nicotine. »[54] (Farone WA 1997)

Le rapport BAT cité ci-dessous explore l’absorption de la pyridine et sa synergie avec la nicotine. Bien que le rapport affirme que les niveaux de pyridine dans la fumée de tabac ont « peu de chances » d’être suffisamment élevés pour provoquer un effet quelconque, on peut difficilement déterminer, faute d’informations publiées, si les niveaux actuels de pyridine [dans les produits] sont suffisants pour entraîner un effet pharmacologique.

« Dans les zones périphériques, c’est à dire dans les tissus autre que le cerveau, la pyridine et la nicotine agissent de manière synergique, soit par stimulation des récepteurs de la nicotine, soit par d’autres mécanismes. »[55] (BAT)

« Dans le système nerveux central, la pyridine et la nicotine produisent des effets antagonistes, la nicotine étant un stimulant et la pyridine un dépresseur. »[56] (BAT)

« ….Ceci indique que la pyridine produit cet effet en stimulant un récepteur de la nicotine à ce niveau. »[57] (BAT)

« Discussion de l’interaction de la pyridine avec la nicotine:

Il semblerait qu’il y ait, dans la majorité des cas, un effet additif de la pyridine et de la nicotine. Il importe peu que les deux agents produisent leur effet par des mécanismes différents, comme c’est le cas de leur effet sur le rythme cardiaque.

Cette conclusion semble s’appliquer aux effets périphériques, mais comme on le voit dans le chapitre concernant les effets sur le système nerveux central de la pyridine, ainsi que dans les résultats des tests de toxicité sur des souris et des rats dans le chapitre sur l’absorption, la pyridine et la nicotine produisent des effets opposés sur le cerveau, et sont donc antagonistes. »[58] (BAT)


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4. Masquer le goût et les effets immédiats du tabac

Une cigarette « améliorée » est-elle souhaitable ?

Les produits à base de tabac bénéficient de larges dérogations dans la législation visant la protection du consommateur et la responsabilité pénale, ceci en raison d’un accident de l’histoire. Le tabac est le seul produit de consommation qui peut entraîner la maladie et la mort lorsqu’il est utilisé comme le préconisent ses fabricants. En raison de ce statut unique et anormal, les additifs des produits à base de tabac présentent un problème « philosophique » peu commun. Pour la plupart des produits, l’emploi d’additifs à des fins « d’amélioration » du produit n’entraîne pas de conséquences nocives parce qu’il n’entraîne qu’une augmentation modeste de la consommation du produit. Par contre, si on améliore le goût de la fumée de cigarette, il se peut que davantage d’individus soient amenés à commencer à fumer, à continuer à fumer, ou à ne pas renoncer à fumer. Le rapport SCOTH de 1998 évoque ce souci:

« L’une des conséquences [des additifs] a été le maintien du « goût » alors que les teneurs en goudron baissaient, diminuant par la même occasion l’arôme naturel. Le coté négatif de ce phénomène a été d’entretenir l’attrait d’un produit qui, autrement, aurait pu devenir inacceptable parce que son arôme était dénaturé. »[59]

Il faut des additifs pour modifier le goût de la nicotine

Un ancien employé Philip Morris explique dans sa déposition l’une des principales fonctions des additifs d’arôme.

« On sait très bien que l’âcreté et l'amertume de la nicotine seule ne sont pas acceptables dans une cigarette. Il y a des bases scientifiques solides pour affirmer à la fois le besoin d’inclure de la nicotine dans les produits, et la nécessité d’en modifier le goût pour rendre son administration plus acceptable pour le fumeur. »[60] (Farone, WA, ancien employé Philip Morris, 1996)

L’additif le plus important en volume est le sucre – environ trois pour cent du poids total – et il est utilisé pour masquer le goût peu acceptable de la nicotine. Le fait de choisir une marque de cigarettes adoucies ou aromatisées permet aux fumeurs d’inhaler davantage de fumée, ce qui permet de s’assurer qu’ils absorbent la quantité voulue de nicotine. Plus de 80% des fumeurs commencent à fumer avant l’âge de 18 ans, et ce phénomène est connu de l’industrie du tabac, et ciblé dans la production et dans les stratégies de marketing.[61] L’utilisation de sucres, de miel, de réglisse, de cacao, de chocolat et d’autres arômes rendent les cigarettes plus acceptables et leur confèrent un plus grand attrait, en particulier pour les enfants et les jeunes.

« Il est certain que les arômes affectent les comportements à l’égard du tabac»

« N’est-ce pas l’arôme qui distingue la marque, et qui fait que certaines marques de cigarettes se vendent mieux que d’autres ? Le marché constitue une des plus fortes preuves que les arômes influencent effectivement les comportements tabagiques. »[62] (Farone WA 1996)

L’emploi d’additifs pour remplacer les arômes perdus

La réduction des niveaux de g3.2oudrons comme tentative de désamorçage des graves inquiétudes sanitaires, a posé de gros problèmes aux fabricants: le goudron confère un goût fort et une sensation en bouche, masquant l’âcreté et l’amertume du goût de la nicotine – peu acceptable par les fumeurs novices, et peu confortable pour les fumeurs habitués. La réponse a été l’emploi d’additifs pour jouer le rôle des goudrons manquants.

« Le concept Merit (ndt: marque de cigarettes) d’utilisation de technologies d’arôme pour contourner le problème des goudrons en utilisant des additifs aromatiques à la place des arômes du goudron est peut être le meilleur compromis entre la demande pour, d’un côté, un produit à fort arôme et/ou à fort impact physiologique, et/ou à forte satisfaction nicotinique, et de l’autre un produit à faibles taux de goudrons et de nicotine. »[63] (Lorillard 1976)

Les additifs sont multifonctionnels

Un document BAT donne quelques indications sur la fonction des additifs du tabac. Quatre des sept motifs d’inclusion d’additifs concernent le fait de masquer le goût du tabac.

« Le rôle des additifs aromatiques du tabac. Des additifs aromatiques de toutes sortes prennent de l’importance dans les stratégies de fabrication, ceci pour un certain nombre de raisons. Les additifs peuvent être nécessaires:
1. pour conférer à un produit une spécificité permettant de le vendre
2. pour modifier les caractéristiques sensorielles des marques bas de gamme, en particulier si le gouvernement ou les contraintes économiques imposent de se passer de matériaux de qualité dans la fabrication.
3. pour obtenir une qualité de produit satisfaisante dans des situations où les effets de comparaison commerciale influent sur la conception technique du produit
4. pour contrer l’effet sur la qualité de la fumée de l’inclusion de matériaux synthétiques dans certaines marques
5. pour maintenir le caractère propre de la marque
6. pour améliorer la qualité de consommation d’une marque existante
7. pour améliorer les caractéristiques de la fumée dans l'air ambiant »
[64] (BAT)

Ajouter de l’ammoniaque qui réagit avec le sucre pour donner une fumée plus « douce ».

Les fabricants concurrents étaient obsédés par le succès de la Marlboro, et ils ont mené d’innombrables explorations pour en découvrir le secret. Il en a été question plus haut. Ce qu’ils ont mis à jour, c’était une cigarette bourrée d’additifs.

« Le procédé à base d’ammoniaque de Philip Morris est bien plus qu’un simple ajout d’ammoniaque, qui donne d'autres résultats. Ils ont trouvé le moyen d’en amener une grande partie à réagir avec les constituants du tabac de manière à ce que de la pectine soit produite, et que se forment simultanément des produits d’une réaction sucre-ammoniaque qui contribuent à produire une fumée douce à l’arôme naturel. »[65] (BAT 1985)

Les additifs permettent à Philip Morris d’utiliser des tabacs moins chers

« Les gens de PM affirment souvent publiquement que les additifs sont importants pour maîtriser la composition chimique et le goût de la fumée. On a entendu leurs acheteurs de tabac dire que les additifs sont un des facteurs qui leur permettent d’acheter des tabacs moins chers. Les produits d’enrobage ("casings") sont un véhicule de choix pour mettre en oeuvre de tels additifs. »[66] (BAT 1985)

« L’utilisation très répandue de sucres dans les substances d’imprégnation [du tabac] (adoptés à l’origine pour des raisons d’acceptabilité par le fumeur) ainsi que le fait que la plupart des marques qui ont été plébiscitées par les consommateurs contiennent des quantités non négligeables de sucres, conduit certainement à penser que le taux de sucres est un facteur de qualité important. »[67] (BAT 1963)

La réglisse renforce le goût sucré du tabac

Selon BAT:

« Bien que chaque fabricant de tabac garde précieusement les secrets de ses formulations d’imprégnation (et d’arômes), on sait que ces produits contiennent souvent du sucre, de la réglisse, du cacao ou de la liqueur de chocolat, et parfois des extraits naturels. Parmi ces produits, la réglisse mérite une mention particulière. Tout comme le sucre est utilisé dans les produits d’imprégnation du tabac pour adoucir et rendre la fumée plus suave, la réglisse est utilisée comme additif pour adoucir les produits à base de tabac. Le goût de la réglisse pour le fumeur est suave et sucré, rappelle la fumée de bois, ce qui améliore considérablement le produit final lorsque des dosages appropriés sont utilisés. »[68] (BAT)

Les additifs peuvent être utilisés pour rehausser ou effacer l’arôme

« L’utilisation plus fréquente de tabacs « reconstitués » présente deux problèmes importants pour l'industrie des arômes. Les tiges ont un fort taux de nicotine. Vous avez un autre problème avec ces tabacs que vous n’avez pas avec les tabacs sélectionnés. Les tabacs reconstitués ont au départ des caractéristiques défavorables. Donc vous avez un problème double. Il vous faut supprimer un mauvais goût et neutraliser l’agressivité, et il vous faut aussi restituer un bon arôme. Donc dans certains cas on fabrique des « suppresseurs » - des arômes qui en fait neutralisent et diminuent un goût indésirable. Et par dessus il faut ajouter des arômes pour amener le produit à un niveau acceptable. L’un efface, l’autre réécrit. »[69] (Tobacco Reporter 1979)

Le chocolat produit une meilleure sensation en bouche

« La feuille de tabac en elle-même n’est pas suffisante. Donc ce qu’on fait c’est essayer « d’arrondir l'âpreté ». On essaie des nuances de chocolat, par exemple, cela donne une meilleure sensation lorsque la fumée arrive en bouche, c’est pour cela qu’on inclut ces additifs. »[70] (Tobacco Reporter 1979)

« Pour ce qui est de la réglisse, l’effet de « lissage » est probablement dû à la glycyrrhizine, dont on connaît les propriétés thérapeutiques anti-inflammatoires. »[71] (BAT 1963)

La glycyrrhizine est un anti-inflammatoire efficace ; c’est aussi un broncho-dilatateur et un cancérigène lors de la combustion.[72]

Le beurre de cacao réduit l’âcreté de la fumée

« Bien qu’ils ne soient pas concluants, les résultats présentés ici semblent confirmer que le fait de traiter le tabac avec du beurre de cacao réduit l’âcreté de la fumée. »[73] (BAT 1967)

BAT ajoute environ 1'250 tonnes de cacao par an à ses cigarettes.

« J’ai consulté toutes les succursales, et d’après les réponses, je considère que la Société utilise environ 1,25 millions de kilos de cacao par an dans ses produits à base de tabac. »[74] (BAT 1978)

4.1. Les additifs et les cigarettes « légères » (low-tar).

Les cigarettes dites « légères » (low-tar) sans additifs ont un faible attrait

« Les cigarettes légères sont largement perçues comme n’ayant pas un niveau acceptable d’arôme. L’attention se porte de plus en plus sur de nouvelles méthodes d’incorporation d’arômes dans les cigarettes de manière à rétablir un niveau d’arôme acceptable. »[75] (BAT 1982)

« Au fur et à mesure que l’on essaie d’abaisser les niveaux de goudrons et de nicotine, des agents d’arôme deviennent nécessaires pour rétablir les qualités aromatiques. »[76] (Tobacco Reporter 1979)

« Les fabricants de tabac cherchent à incorporer dans les cigarettes « légères » (low-delivery) des éléments qui permettraient de compenser la perte d’arôme, et de rétablir en partie les niveaux d’arôme d’un produit fort (high-delivery). »[77] (Tobacco Reporter 1979)

L’éthique en cause…

Bien que la perte de goût ait été une source de préoccupation, la priorité a été de s’assurer que le fumeur continue de recevoir de la nicotine en quantité suffisante.

« Les filtres « à compensation » (ou contournables):
Objectif stratégique: permettre aux fumeurs d'obtenir plus facilement ce qu’ils recherchent dans la cigarette. Pratiquement, cela correspond à un filtre qui permette au fumeur de compenser, et cela implique un ratio goût/goudron élevé.
Contraintes: est-ce que cette stratégie est éthique ? »
[78] (BAT 1985)

Ceci revient à dire que la cigarette est conçue pour permettre au fumeur de consommer un niveau de goudrons et de nicotine bien supérieur à celui enregistré par les mesures réglementaires, effectuées par des machines à fumer.

4.2. L'impact des premières bouffées

La cigarette est conçue en fonction des vulnérabilités du fumeur

BAT utilise les additifs et la conception technique des cigarettes pour répondre aux désirs, pour une grande part inconscients, du fumeur en matière de consommation. La toute première bouffée d’une cigarette peut être manipulée techniquement pour avoir le plus gros impact – ce qui à la fois soulage les symptômes de la privation de nicotine et donne un goût plus agréable.

« L'impact des premières bouffées.
Objectif stratégique: dans une cigarette, améliorer le goût et l’arôme des premières bouffées.
Cela part du principe qu’il est probable que les fumeurs forment leur opinion de la qualité de la cigarette au cours des toutes premières bouffées. On pense que le « besoin » de fumer est au plus fort lorsqu’on allume la cigarette. »[79] (BAT 1985)


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5. La toxicité des additifs

La réglementation assez limitée concernant les additifs du tabac a plutôt mis l’accent sur la toxicité de l’additif lui-même. Elle s’est inspirée de la réglementation en matière alimentaire. Il est cependant tout à fait possible que la toxicité d’un additif lorsqu’il est ingéré comme aliment soit différente de son effet lorsqu’il est inhalé dans la fumée. Il conviendrait donc d’être prudent dans l’évaluation de l’efficacité de ces mesures de protection, dont le champ est de toute façon limité.

« Comme le système respiratoire n’est pas doté des enzymes puissantes et des voies métaboliques de détoxification présentes dans le système digestif, ces composés pourraient être nettement plus toxiques lorsqu’ils sont inhalés que lorsqu’ils sont ingérés. La pyrolyse des additifs pourrait aussi produire des composants toxiques nouveaux, conduisant par la même occasion à un risque accru pour la santé du fumeur. »[80] (Connolly, Lymperis, 1998)

La coumarine

Les inquiétudes sur les effets toxiques d’un des agents d’arôme, la coumarine (connue pour provoquer des lésions hépatiques sévères) ont commencé à émerger à la fin des années cinquante. Les fabricants de cigarettes ont de leur plein gré enlevé la coumarine de la liste des additifs autorisés en Septembre 1997. Bien que la controverse date de bientôt quatre décennies, elle permet de rappeler la tendance dans l’industrie du tabac dans son ensemble à faire passer les ventes avant le souci de la santé du consommateur.

« En attendant, nous avons pensé qu’il vous intéresserait de savoir qu’en Amérique [USA] les fabricants de tous les produits alimentaires destinés à la consommation humaine ont renoncé à l’utilisation de la coumarine entre 1953 et 1954 ‘jusqu’à ce que des tests et des recherches adéquats permettent d’affirmer que l’utilisation de la coumarine ne porte pas atteinte à la santé’ »[81] (BAT 1959)

Les fabricants de cigarettes ont été soumis à un cadre législatif relativement libéral, justifié en partie par l’idée que l’industrie devrait s’autoréguler. Cependant il apparaît clairement qu’il y a peu de chance pour qu’elle le fasse:

BAT recherche des agents cancérigènes dans ses additifs

« L’activité mutagène des composés d’arôme: environ 270 composés ont été analysés pour déceler une activité mutagène par le test d’Ames…Dans ces tests un nombre non négligeable d’agents d’arôme se sont avérés être mutagènes…

L’acétaldéhyde: c’est un mutagène positif, toxique pour l’embryon, tératogène, et il provoque des tumeurs des voies respiratoires par inhalation chez le hamster.

Le furfural: cette substance a été clairement confirmée comme mutagène dans des travaux complémentaires, et, en association avec d’autres substances cancérigènes du système respiratoire, comme par exemple le benzo-pyrène, il est possible qu’il agisse de manière conjointe pour augmenter la fréquence des tumeurs.

L’acétate de furfural: les travaux de Mortelmans et al. sont les seuls à avoir été menés sur le caractère mutagéne de cette substance. Toutefois, les expériences menées sur le furfural et l’alcool de furfural semblent indiquer une réactivité mutagène pour cette famille de composés.

Le maltol: l’activité mutagène de cette substance est confirmée par d’autres études in vitro. Toutefois, il ne semble pas que ce composé ait été étudié in vivo.

L’O-méthoxycinnamaldéhyde: cette substance a le potentiel d’être cancérigène.

Recommandations:
L’acétaldéhyde, le furfural et l’acétate de furfural…. Si ces agents doivent être ajoutés au tabac, il semblerait prudent d’examiner les niveaux à respecter à la lumière des données ci-dessus. Pour le maltol et l’O-méthoxycinnamaldéhyde, il y a des indications tendant à démontrer un effet cancérigène potentiel pour ces agents. Encore une fois, ceci conduit à réviser l’utilisation de tels agents pour la consommation humaine. »
[82] (BAT 1986)

Le dilemme: réduire la toxicité ou réduire les ventes ?

Il semble bien que les fabricants de tabac ne réalisent pas un contrôle interne satisfaisant sur les additifs potentiellement nocifs:

« Nous sommes tout à fait conscients que l’Eugénol est un phénol. Nous sommes également d’accord avec vous sur le fait que les phénols ont mauvaise presse actuellement. »

« En fait cela se résume à nous poser la question suivante: somme-nous prêts à accepter des moyens peut-être un peu indésirables pour arriver à des fins désirables ? »

« Voici où nous en sommes: alors que il n’y aurait pas de raisons de craindre des risques sanitaires à utiliser de l’Eugénol si la question des phénols n’avait jamais été soulevée, le fait que cette question ait effectivement été soulevée nous oblige à en tenir compte, puisque l’Eugénol est un phénol. »

« Les données chimiques obtenues sont-elles suffisantes pour justifier la commercialisation immédiate de cette cigarette, sous réserve de la mise en oeuvre dans un délai raisonnable de travaux d’analyses chimiques et/ou biologiques ? »[83] (BAT 1982)


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6. Changer la perception de la fumée de tabac dans l'air ambiant

Des additifs destinés à réduire les effets perceptibles de la fumée dans l'air ambiant

Des additifs sont également utilisés pour masquer les effets de la fumée de tabac « ambiante » ou « passive » (celle qui s’échappe de la cigarette sans être inhalée par le fumeur), avant tout pour améliorer l’image négative du tabagisme, de manière à éliminer certaines pressions sociales qui font que les fumeurs sont davantage poussés à s’arrêter de fumer.

Cette fumée « passive » ou « ambiante » constitue un gros problème pour l’industrie du tabac. Depuis les années 1970, il y a une accumulation de preuves scientifiques pour affirmer que l’exposition à la fumée de l’atmosphère ambiante présente un risque important pour la santé (pour ne parler que du Royaume Uni, on considère que plusieurs centaines de décès par an peuvent lui être attribués)[84]. Cette découverte a eu un effet très important sur la « pensée politique » en matière de tabagisme: l’enjeu n’était plus celui d’un choix personnel mais celui d’une responsabilité sociale. De plus, cela a encouragé de plus en plus de fumeurs à revoir leur position.

La réponse de l’industrie du tabac a été double: il y a eu d’abord des recherches visant à trouver des preuves pour invalider les conclusions sur le risque pour la santé que constitue l’exposition à la fumée « passive » ; ensuite, des additifs chimiques ont été identifiés pour réduire chez les non-fumeurs la mauvaise perception sociale de la tabagie, ainsi que l’irritation provoquée par la fumée, de manière à ce qu’il soit plus difficile pour des non-fumeurs de l’éviter ou de la critiquer. Il y a eu également des tentatives pour réduire la quantité globale de fumée « passive » ou « environnementale » produite, mais il reste que la préoccupation principale a bien été de modifier la perception de la fumée plutôt que ses propriétés.

Choisir le résultat et ensuite chercher la preuve

« Les objectifs stratégiques [des recherches sur la fumée passive] sont toujours:
1. développement de cigarettes avec des rendements en fumée « passive » plus faibles, et/ou avec moins d’odeur et provoquant moins d’irritation,
2. conduite de recherches pour anticiper ou pour réfuter les thèses portant sur les effets de la fumée passive sur la santé. »
[85] (BAT 1984)

Réduire la visibilité de la fumée « ambiante » pourrait augmenter sa toxicité

« On a considéré qu’il serait prudent de s’assurer que la Société [le fabricant] puisse démontrer qu’il n’y a pas d’effets indésirables en matière de toxicité de la fumée « ambiante » pour un produit conçu pour que cette fumée soit moins visible »[86] (BAT 1984)

Il est possible que les travaux visant à diminuer la visibilité de la fumée environnementale et passive conduisent en fait à en augmenter globalement la toxicité.

Des additifs utilisés pour éviter que les fumeurs ne s’arrêtent de fumer suite aux pressions sociales

« …pour prévenir une diminution potentielle du volume des ventes en raison des pressions sociales que subissent les fumeurs dans les lieux publics et au travail, en leur proposant un produit qui renforce leur assurance à fumer en public, et leur assure du goût et de la satisfaction. »[87] ‘(BAT 1984)

« Des recherches sur des additifs de combustion alternatifs qui réduisent la fumée ambiante visible: à la suite de ces études, l’acétate de sodium a été employé à la place du citrate tri-potassique dans des papiers produisant de la fumée ambiante à visibilité réduite… Les sels de potassium donnent des réductions plus importantes de la visibilité de la fumée ambiante. »[88] (BAT 1987)

« On a constaté qu’un papier à cigarettes additionné de Ca(OH)2 donne une fumée ambiante à visibilité réduite… On a remarqué que les cigarettes fabriquées avec du papier traité conféraient à la fumée passive un arôme plus agréable et la rendait moins irritante que des cigarettes dont le papier n’avait pas été traité. De plus, le goût de la fumée inhalée par le consommateur lui-même était changé, paraissant plus douce que celle produite avec des papiers non traités. »[89] (BAT 1983)

BAT réduit la visibilité mais ne s’intéresse pas à la toxicité

« Maîtrise de la fumée: réduction de la fumée passive ou ambiante: Visibilité: RD&E est intéressé par des travaux concernant la réduction de la fumée environnementale, mais ne l'est pas par des essais biologiques sur les produits obtenus. David s’en expliquera à Allen Herd, et lui demandera si des protocoles peuvent être menés en se passant d’essais ou de tests biologiques. »[90] (BAT 1986)

Il semblerait que si la réduction de la visibilité de la fumée passive est bien une question perçue comme importante, celle de la toxicité des émanations résultantes ne l’est pas.


Traduit de l'anglais par Angela Verdier. Nous remercions Jacques Prignot, Jacques Le Houezec et Jean-François Etter pour leur relecture du document traduit.