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Résumé
L’industrie
du tabac et son influence sur la politique du tabac
en Suisse couronnée de succès
Chung-Yol Lee Stanton A. Glantz, University of California, San Francisco
La consommation de cigarettes chez les personnes âgées
de 15 ans ou plus en Suisse a atteint son apogée au début
des années 70 avec 3,700 cigarettes par personne et par
an, puis a décliné jusqu’à 2800 cigarettes par personne
et par an en 1994. Pendant les années 80 la proportion
de fumeurs diminua de 37% en 1980 jusqu’à 31% en 1992,
mais pendant les années 90 cette proportion augmenta jusqu’à atteindre
33% en 1997. Les femmes, surtout les jeunes, les enfants
et les adolescents, ont vu leur prevalence de tabagisme
augmenter continuellement, malgré des efforts de prévention
visant particulièrement les enfants et les adolescents.
Chaque année, plus de 10,000 personnes meurent à cause
du tabac en Suisse, à peu près un sixième de la mortalité annuelle
de la Suisse, rendant le tabagisme la plus importante cause
prévantable de décès dans ce pays. Ce chiffre est plus
de 20 fois plus important que le nombre de morts causées
par les drogues illégales.
La taxe sur le tabac en Suisse est la plus basse de l’Europe
de l’ouest.
Les lois gouvernant les produits de tabac, leur marketing
et leur vente, sont faibles et ont peu d’effets pratiques
sur l’industrie du tabac.
Il n’y a aucune véritable protection des non fumeurs
contre les composantes chimiques toxiques de la fumée de
cigarette, que ce soit dans les endroits publics ou sur
les lieux de travail.
Un sondage commissionné par Philip Morris International
sur les expériences et les attitudes à propos du tabac
et du tabagisme dans dix pays en 1989 démontra que les
Suisses étaient conscients des effets du tabagisme passif
sur la santé, mais que seulement une minorité favorisait
le contrôle gouvernemental du tabac dans les restaurants
et sur les lieux de travail.
Un premier programme compréhensif de prévention du tabagisme,
de 1996 à 1999, émit par l’Office Fédéral Suisse de la
Santé Publique, a été caractérisé par un manque de financement
adéquat, d’interventions précises, de coopération entre
les associations de lutte contre le tabagisme, et de gestion.
De plus, le programme a ignoré le rôle que joue l’industrie
du tabac.
Grâce aux événements récents aux Etats-Unis et à l’attaque
montée par l’OMS contre l’industrie du tabac, le programme
quinquennal proposé pour 2001-2005 identifie l’industrie
du tabac comme étant un obstacle majeur dans la lutte contre
le tabagisme.
Avant la fusion de British American Tobacco (BAT) avec
Burrus-Rothmans en 1999, le plus important producteur de
produits de tabac en Suisse était Philip Morris (PM), avec
près de 50% du marché (et près de 25% pour Marlboro uniquement).
Depuis cette fusion, le marché du tabac est dominé par
PM et BAT, qui ont chacune entre 45% et 50% du marché.
Comme c’était le cas aux Etats-Unis dans le début des
années 60, les chercheurs des laboratoires de l’industrie
du tabac (dans ce cas, FTR (Fabriques de Tabac Réunies)/
Philip Morris) ont accepté et discuté des effets nocifs
du tabagisme sur la santé dans les communications internes
des compagnies. A ce moment-là, ces chercheurs ont honnêtement
essayé de trouver des moyens de réduire les effets cancérigenes
des cigarettes en éliminant les éléments cancérigènes.
Contrairement à ses opinions exprimées en privé, la position
publique de l’industrie du tabac en Suisse était qu’il
existait encore une polémique à propos de la question de
savoir si le tabagisme est nuisible à la santé.
La “polémique” fut entretenue grâce à de nombreuses conférences
de presse et réunions scientifiques avec des chercheurs
qui étaient soutenus par l’industrie mais qui déclaraient
leur support public de la position de l’industrie sans
parler de leurs liaisons avec l’industrie. Les relations
entre l’industrie et ces “consultants” ou “témoins” étaient
entretenues à travers des paiements directs et à travers
le financement de leurs travaux de recherche.
A la fin des années 80 l’industrie du tabac avait identifié la
perte d’acceptabilité sociale du tabagisme en Europe comme étant
l’une des plus importantes menaces pour sa viabilité. Cette
prise de conscience mena au développement d’une stratégie
compréhensive visant la question du tabagisme passif. “La
courtoisie et la tolérance” et les arguments économiques
furent utilisés afin de détourner l’attention du public
et des figures politiques des questions de santé. Ces stratégies
furent souvent créées en consultation avec les cadres d’autres
filiales de Philip Morris et du siège de Philip Morris
International à New York. Bien au courant de leur manque
de crédibilité dans le public, les compagnie de tabac accordaient
des interviews aux journalistes mais les mettaient en garde
de ne pas mentionner le nom de la compagnie de tabac dans
leur article.
L’industrie du tabac attaqua en masse les documents officiels
tels que “La mortalité due au tabac en Suisse” publié par
l’Office Fédéral de la Santé Publique, le rapport sur les
effets respiratoires du tabagisme passif publié par l’Agence
de la Protection de l’Environment des Etats-Unis, ainsi
que des articles scientifiques comme l’article publié dans
American Journal of Respiratory and Critical Care Medecine
sur le tabagisme passif et les symptômes respiratoires
en Suisse (étude SAPALDIA) écrit par un groupe de chercheurs
Suisses. Les compagnies de tabac employèrent des “consultants”
et des figures politiques qui avaient des liens avec l’industrie,
et qui utilisèrent les arguments standards de l’industrie.
L’un des consultants les plus actifs était Peter Atteslander,
un citoyen Suisse et un professeur à l’Université d’Augsburg
en Allemagne. Il écrit des livres blancs pour l’industrie
du tabac et fit un compte rendu des conférences de toutes
les parties du monde..Atteslander semblait être essentiellement
le seul membre du “Groupe de travail pour la recherche
de santé”, basé en Suisse, et qui publiait ses œuvres sans
révéler ses liens avec l’industrie du tabac. Pour combattre
les limites sur le tabagisme dans les restaurants et les
hôtels, les compagnies de tabac développèrent leurs relations
avec l’association hôtelière International HoReCa. Le secrétaire
général d’International HoReCa à ce moment-là était le
Dr. Xavier Frei, le président de la SCRA (probablement
l’Association des Cafés et Restaurants Suisses).
L’association hôtelière fit recours aux ressources de
l’industrie du tabac et à maintes reprises publia les opinions
de l’industrie dans les bulletins de l’industrie hôtelière,
sans que les membres de l’International HoReCa ou de la
SCRA ne soient avertis des liens étroits qui existaient
entre leur organisme et l’industrie du tabac.
Le “programme d’accommodation,” un programme bien connu
développé par l’industrie du tabac aux Etats-Unis pour
empêcher que ne soient établies des lois contre le tabagisme
dans les restaurants et lieux de travail, fut employé en
Suisse. Le fait que même le logo était le même que celui
utilisé aux Etats-Unis est un autre exemple de la manière
dont les compagnies de tabac recyclent leurs stratégies
et leurs tactiques dans le monde entier.
La stratégie qui consiste à détourner l’attention du
public du problème du tabagisme passif en faisant appel
au problème de la qualité de l’air intérieur en général était
(et demeure) une des stratégies majeures employées par
l’industrie du tabac pour diluer le problème du tabagisme
passif avec ceux d’autres produits polluants et de la ventilation
des bâtiments. A ces fins, une compagnie de contrôle de
la qualité de l’air intérieur ayant des liens étroits avec
l’industrie du tabac, ACVA Atlantic Inc., USA, plus tard
renommée Healthy Buildings International (HBI), receuillit
une large quantité de données pour l’industrie du tabac
afin de l’aider à minimiser le rôle de la fumée de tabac
comme polluant de l’air intérieur. Des employés de HBI
furent envoyés en Suisse pour récolter des données sur
les immeubles suisses, et ces informations furent utilisées
dans les bulletins de HoReCa pour soutenir le programme
d’accommodation et décourager les réglementations contre
le tabagisme. HBI a depuis été discréditée aux Etats-Unis
en tant qu’autorité impartiale sur le sujet de contrôle
de la qualité de l’air intérieur.
Les compagnies de tabac essayèrent d’influencer la réglementation
sur le tabagisme dans les avions à travers le financement
partiel des congrès mondiaux de l’IFAA (International Flight
Attendants’ Association). Cette influence fut établie en
favorisant de bonnes relations avec le président de l’association,
une stratégie souvent utilisée par l’industrie du tabac
pour influencer les associations. Quand, suivant l’établissements
des vols non fumeurs aux Etats-Unis et dans d’autres pays,
Swissair imposa enfin l’interdiction de fumer sur ses vols,
elle fut sévèrement critiquée dans les journaux par le
“Club des Fumeurs” Suisse, et plus tard par le “Club des
Amis du Tabac” Suisse, dont le président et fondateur est
un ancien cadre de relations publiques pour l’industrie
du tabac.
L’Association Suisse des Fabricants de Cigarettes influença
la réglementation sur le tabagisme dans les trains avec
succès grâce à des lettres envoyées aux éditeurs de quotidiens
et des requêtes directes auprès des autorités cantonales
et du directeur du réseau ferroviaire national.
Deux référendums sur l’interdiction de publicité pour
le tabac et l’alcool en 1979 et 1993 furent rejetés par
les électeurs Suisses, malgré les sondages pré-vote positifs, à cause
de l’alliance de l’industrie du tabac avec les agences
de publicité et la presse écrite. Les compagnies de tabac
réussirent à dissimuler leur rôle dans cette campagne afin
d’éviter toute publicité négative, tout en finançant la
campagne contre l’interdiction de publicité et en lui fournissant
des arguments développés par des sociétés de relations
publiques et des avocats à travers le centre international
d’information sur le tabac, INFOTAB. Les compagnies de
tabac et leurs alliés employèrent des arguments économiques
et politiques, tels que la menace d’effets négatifs sur
l’emploi, les revenus, les impôts, et le droit des individus
et des entreprises de combattre les interdictions de publicité.
Les liens étroits entre l’industrie du tabac et les figures
politiques et officielles furent développés et maintenus à travers
de nombreuses réunions avec les dirigeants des partis politiques
et de nombreux briefings du “comité électoral pro-tabac”
au Parlement. Ce comité électoral permit à l’industrie
du tabac de rester bien informée au sujet de l’agenda politique
et de facilement influencer le processus politique.
Bien que la Suisse ait certains des programmes de santé publique
les plus progressistes et innovateurs, la plupart des partisans
de la santé publique sous-estiment le pouvoir et la force
motrice de l’industrie du tabac et qu’une minorité parmi
eux a confronté l’industrie directement.
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