Le narguilé
(narghilé,
chicha, shisha, hookah) |
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Fonctionnellement, le narguilé est une sorte de
pipe qui lave la fumée d’un tabac ou, le plus
souvent, d’un mélange à base de tabac
(voire sans tabac). Au cours du temps, la pratique associée
a suscité toute une culture de la convivialité qui
a fortement imprégné maintes sociétés
d’Afrique et d’Asie. Ce « bel objet » est
prétexte à la conversation, égalitaire,
symbole poétique du temps qui passe, etc. Sa pratique
remonte avant même la diffusion du tabac dans le
monde (16ème-17ème s.). Elle n’avait
apparemment pas posé de problèmes sanitaires
particuliers. Elle peut en poser aujourd’hui parce
nombre de ses caractéristiques anthropologiques
ont changé. Au cours des vingt dernières
années, le choix et la nature des substances consommées
ont varié ou se sont déplacés: du
tabac pur (tumbâk, tumbeki, tütün) ou du
jurâk (tabac fort avec mélasse et/ou fruits
macérés), fumés dans des cadres relativement
normalisés, vers le tabamel.
A- Le tabamel explique en partie la vogue mondiale qui
a tant surpris l’OMS [1][2]. C’est une version « light » du
jurâk. Très visqueux, il contient en plus
du glycérol (humectant), et des essences de fruits
et/ou fleurs. Une fois tassé dans le fourneau de
l’appareil, une feuille d’aluminium percée
de petits trous doit le séparer des morceaux de
charbon de bois. Les gaz chauds de leur combustion, et
non celle du tabac (comme dans la cigarette) distillent
certains de ses composants (arômes, nicotine, etc.).
Aujourd’hui l’usage d’opium ou de cannabis
restent très limités.
B- Singulièrement, le tabamel produit une fumée
non irritante, plus douce que celle des cigarettes, car
l'eau piège beaucoup de molécules agressives
pour les muqueuses respiratoires (aldéhydes). Les
usagers peuvent ainsi l'inhaler directement, et parfois
en grands volumes, dans leurs poumons. Malgré cet
adoucissement, elle pourrait être aussi nocive que
celle de la cigarette. En cas d’usage quotidien,
elle peut provoquer des maladies respiratoires, dont la
bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO)[3].
C- Le tabamel est souvent utilisé avec un charbon
auto-incandescent dont la composition chimique est encore
inconnue. La combustion des charbons produit un gaz très
dangereux : le monoxyde de carbone (CO). Il est donc très
important de bien aérer les lieux où sont
fumés les narguilés. Faute de quoi, comme
souvent en Europe (pièce étroite où plusieurs
narguilés et cigarettes fument simultanément),
les risques d’intoxication sont réels. Les
symptômes sont des maux de tête, une accélération
du pouls et une faiblesse musculaire, car le CO empêche
la fixation de l'oxygène sur les globules rouges
et dans les muscles.
D- Les garde-fous culturels (rituel, étiquette,
etc.) se sont dissous lors de la transplantation de la
pratique vers les autres continents. Même l’hygiène élémentaire
(changement de l’eau ; arrêt de la fume avant
carbonisation du produit; nettoyage ; utilisation d’un
embout de bouche ; etc.) n’est souvent pas observée.
Nicotine et dépendance au tabac. De nombreux fumeurs
de cigarettes « passent » au narguilé.
Or, comme l'eau retient une partie de la nicotine, ce pourrait être
la raison d'une moindre dépendance (cas du tabamel
notamment). Cependant, des fumeurs dépendants sont
capables de tirer de l’appareil toute la nicotine
dont leur corps a besoin (titrage). S’ils disposent
du temps conséquent, ils peuvent ainsi devenir des "fumeurs
en série", sinon ils peuvent revenir à la
cigarette, qui délivre plus efficacement de la nicotine.
Les fumeurs de narguilé absorberaient moins de nicotine
que ceux de cigarettes, ce qui suggèrerait que cette
substance n’est pas l’élément
essentiel dans la dépendance au tabac [4]. Cette
dernière, quand elle apparaît, est très
singulière car le comportement et l'environnement
sont très spéciaux. Son évaluation
exige la mise au point de questionnaires très particuliers,
plus proches de celui conçu par Etter et al. que
celui, classique, de Fagerström [5].
Goudrons. Le narguilé (y compris avec du tabamel
sans tabac) produit des goudrons, mais très probablement
différents de ceux de la cigarette en raison des
grandes différences de température.
Maladies. Le narguilé est un mode fumé d'utilisation
du tabac, produisant beaucoup de CO du fait du charbon.
Contrairement à la prise ou au tabac oral (SNUS
suédois), il ne peut être présenté comme
une alternative sanitaire valable à l’usage
de cigarettes. Utilisé de manière occasionnelle,
ses effets pourraient s’apparenter à ceux
de la pipe courte ou du cigare. Utilisé de manière
intensive (une ou plusieurs pipées par jour), il
est vraisemblable que nous pourrions observer une pathologie
comparable à celle induite par les cigarettes, en
particulier cancers bronchiques et de la vessie, infarctus
et artérites. Mais nous manquons cruellement d'études
poussées et sérieuses sur le long terme,
portant sur des usagers exclusifs de narguilé, pour
juger objectivement des risques encourus. En l'absence
de telles données, l’inquiétude devant
une diffusion hors d'un milieu culturel traditionnel est
certainement légitime mais la question doit être
abordée avec intelligence et la plus grande rigueur
scientifique [6].
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Références bibliographiques
[1] Le rapport de l’OMS sur le narguilé :World
Health Organization (Tobacco Free Initiative): Advisory
Note. Waterpipe Tobacco Smoking: Health Effects, Research
Needs and Recommended Actions by Regulators. 2005. Retrieved
15 Dec. 2005 from http://www.who.int/tobacco/global_interaction/tobreg/en/
[2] Evaluation du rapport de l’OMS sur le narguilé:
Chaouachi K. A Critique of the WHO’s TobReg “Advisory
Note” entitled: “Waterpipe Tobacco Smoking:
Health Effects, Research Needs and Recommended Actions
by Regulators” [Fume du tabac au moyen du narguilé :
Effets sur la santé, besoins en recherche et actions
recommandées par les régulateurs](2005).
Journal of Negative Results in Biomedicine 2006 (17 Nov);
5:17.
http://www.jnrbm.com/content/5/1/17
[3] Waked M. Mémoire du Diplôme Inter-Universitaire
de Tabacologie. Paris (France), 2003. Faculté de
Médecine Paris-Sud, CHU Kremlin-Bicêtre (France).
[Eng.: Thesis for the Inter-University Degree in Tobaccology]
[4] Al-Mutairi SS, Shihab-Eldeen AA, Mojiminiyi OA, Anwar,
AA. Comparative analysis of the effects of hubble-bubble
(Sheesha) and cigarette smoking on respiratory and metabolic
parameters in hubble-bubble and cigarette smokers. Respirology
2006; 11: 449-55
[5] Etter JF. Evaluation de la dépendance au tabac
[Evaluating tobacco dependence]. Rev Med Suisse 2006 (Nov)
29;2(89):2744-8.
[6] Chaouachi K. The Medical Consequences of Narghile (Hookah,
Shisha) Use in the World [Fr: Les conséquences médicales
de l’usage du narguilé (chicha) à travers
le monde]. Revue d’Epidemiologie et de Sante Publique
(Epidemiology and Public Health) 2007;55(3):165-70.[Article
in English]
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/entrez/query.fcgi?db=pubmed&cmd=Retrieve&dopt=AbstractPlus&list_uids=17446024&itool=pubmed_DocSum
Voir aussi:
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