Témoignages

Aide psychologique/soutien/solidarité

Manoush (29 ans) - le 07 Février 2006
"Bonjour, j'ai 29 ans. J'ai fumé entre 17 et 26 ans. Plusieurs tentatives difficiles ont précédé la réussite. Les échecs sont des expériences pénibles mais qui permettent parfois de mieux comprendre sa propre dépendance. Voici quelques points que j'ai compris et qui m'ont été utiles: 1) ne pas céder aux caricatures: tabagisme et non-tabagisme comportent tout deux du bonheur et des souffrances. Il est important, même en tant que fumeur, d'explorer un peu les joies du non-tabagisme, par exemple en s'octroyant une baignade au soleil sans autre bouffée que d'air estival. Quelques heures de ce plaisir montrent au cerveau que la clope n'est pas le seul instrument de la sérenité. 2) arrêter de fumer c'est possible mais c'est difficile pour la majorité des gens. Si quelques personnes ont réussi à arrêter spontanément et sans souffrances, ils sont des exceptions; tant mieux pour eux, mais il ne faut pas trop compter là-dessus. Les points ci-après donnent des pistes pour gérer cette souffrance. Si elle est bien gérée, cette souffrance disparaîtra peu à peu. a) le recours à un substitut est très utile pour faire face au manque général ainsi qu'aux pics ou crises de manque où l'on est particulièrement menacé de rechute. Je conseille les chewing-gum à la nicotine. Il faut les mâcher très calmement, sinon ça peut causer des crampes de la mâchoire. Ne pas interrompre le traitement trop vite, la notice d'emballage est très claire à ce sujet. N'hésitez pas à prolonger le traitement au-delà des trois mois indiqués: ces chewing-gum sont infiniment moins nocifs que les cigarettes. b) en arrêtant de fumer, la tentation est grande de changer bien des habitudes. Il ne faut rien précipiter. L'utilisation de substituts limite l'envie de combler le manque par des activités extrêmes telles que manger trop, dormir trop, s'isoler pour fuir tout contact avec les fumeurs, s'isoler pour fuir tout ce qui peut rappeler les habitudes tabagiques, faire beaucoup trop de sport du jour au lendemain, etc. Mon conseil est d'éviter de changer ses habitudes pendant les premiers mois car à ce stade, c'est le manque qui dirige tout. La seule réponse comportementale juste c'est celle qui s'attaque directement au manque: en parler, vivre sa souffrance, prendre de la nicotine de manière régulière (chewing ou patch) pour atténuer cette souffrance. Il ne faut pas devenir quelqu'un d'autre du jour au lendemain. Avoir le courage de souffrir est déjà un pas énorme. c) Les crises de manques ont souvent une signification très précise. Généralement, une crise de manque, qui se caractérise par une irrésistible envie de reprendre une clope, correspond à la découverte d'une fonction de la cigarette. Il existe de nombreuses fonctions (se détendre, favoriser la concentration, se donner du courage, donner une certaine image de soi, se rapprocher de certaines personnes, montrer à des gens qu'on aime bien passer un moment avec eux, faire face au stress, diminuer les angoisses, etc.). Dans la mesure du possible, chacun doit essayer de comprendre quelles fonctions se cache derrière ses crises de manque. Une fois démasquée, chaque fonction devient beaucoup moins déstabilisante. Si par exemple vous comprenez que la peur d'être présenté à des inconnus vous a donné affreusement envie de fumer, cette compréhension peut changer bien des choses. D'une part cela vous montre que la fonction est un peu bidon: pourquoi la clope changerait-elle vraiment quelque chose à la peur de l'inconnu, ou du stress, etc.? Vous découvrez qu'il faut accepter cette peur. Et dès que le problème est accepté (la peur, le stress, l'angoisse, le sentiment de ne pas être à la hauteur, etc.) la tentation de gérer ce problème par la clope est très nettement diminuée. La tentation devient si faible que chaque fonction ne vous causera en général plus de risque de rechute tabagique une fois que vous l'aurez comprise. Certaines brochures conseillent de faire la liste de vos fonctions tabagiques avant d'arrêter de fumer. Cela n'a jamais marché pour moi. Il a fallu que chaque fonction (au total une dizaine que j'ai découvert à ce jour en ce qui me concerne) me procure un affreux sentiment de manque pour que je me rende compte que vraiment il y avait là quelque chose de profondément ancré dans ma personalité. Je fumais 20 cigarettes par jour, mais elle remplissait rarement plus de 5 fonctions en une journée. Les fonctions de base pour moi: procurer un sentiment de plaisir incroyablement facile d'accès, m'aider à me mettre au travail, susciter quelques rencontres. Une fois la fonction démasquée, on se rend compte à quel point la clope parasite nos comportements: pourquoi faut-il fumer pour parler avec des gens ou pour se mettre au travail? pourquoi fumer pour s'autoriser une pause? certaines de ces questions peuvent révéler de gros soucis. Si l'arrêt de la cigarette vous rend déprimé, soyez vigilants, il se peut que votre tentative d'arrêt soit trop violente. Je vous conseille de recommencer à fumer, de commencer également une psychothérapie chez un psychiatre (remboursé par l'assurance) afin qu'un ou une professionnelle se charge de vous protéger contre la dépression. Il est généralement préférable de louper quelques tentatives d'arrêt et de s'y reprendre mieux peu après plutôt que de s'acharner dans la souffrance et de ne plus oser par la suite faire de nouvelle tentative d'arrêt. d) tout ce que j'ai dit sur les fonctions ne changent rien au fait que la nicotine est une substance très addictive: il ne SUFFIT PAS de comprendre les fonctions pour se sentir libéré de la dépendance. Je conseille d'associer cette réflexion à la prise de nicotine par chewing gum. Désolé si je me répète mais ça peut vous éviter deux mois de galère. e) il est normal d'être souvent de mauvaise humeur pendant quelques mois lors de l'arrêt de la cigarette. Prévenez vos proches, et faites en sorte que ce ne soit pas un tabou. Ils doivent pouvoir dire stop; mais vous avez le droit d'être plus irritable que d'habitude. Tout ça est pénible mais passger, et ce n'est rien à côté des émotions sucitées par l'hospitalisation d'une personne malade du tabac. f) n'oubliez jamais qu'une tentative, aussi brève soit-elle, est quelque chose dont vous pouvez être fier. Certains amis fumeurs vous diront sans doute que ce n'est pas le cas, parce que l'idée d'arrêter les dérange. Peu importe les réactions. Chaque jour passé à affronter la clope; que ce soit par les actes ou par la réflexion et la discussion, que ce soit en préparant un arrêt, en le vivant, ou encore pour discuter de ce qu'un "échec" vous a appris d'utile pour la réussite à venir, tout ça vous pouvez en être fier, et c'est très conseillé car la fierté fait le même effet que la cigarette: elle rend calme et donne confiance en soi. 3) J'ai beaucoup parlé des problèmes, mais comme je l'ai dit au début, la clope a aussi du bon. Par exemple la clope aide les fumeurs à prendre des pauses régulières dans leur travail, ce qui est bon pour leur dos. En arrêtant de fumer, soyez très strictes à cet égard: pas question de diminuer la durée et la fréqeunce des pauses. Certaines personnes disent arrêter pour se sentir indépendant et économiser de l'argent. Ces raisons sont valables. Mais pour ma part, j'ai rennoncé aux bons côtés de la cigarette parce que je veux vivre longtemps, j'aime vivre, je déteste les deuils et les hôpitaux, j'aimerais me baigner dans la mer et manger des grillades jusqu'à 75 ans et danser le tango sous lune pendant qu'on y est, c'est pourquoi je me suis fait ch... 8 mois à chiquer de la nicotine, à analyser les crises de manque, à attendre que mes habitudes changent naturellement. Et maintenant , c'est bon, mon espérance de vie est plus grande. Ma première tentavie d'arrêt avait duré 3 heures, puis 3 jours (quelques fois), puis deux mois (deux fois), puis c'est bon depuis 3 ans (environ sixième tentative). J'espère que mon témoignage vous a donné envie de voir la cigarette autrement qu'à travers les vieux clichés habituels. J'espère surtout que vous trouverez le courage de vivre en cherchant votre plaisir partout comme dit la chanson. Mais ne résistez pas trop, arrêter de fumer c'est surtout apprendre à écouter le temps qui passe, les envies et les angoisses, apprendre à pleurer et à rire. A 15 ans, on se met à fumer pour devenir adulte, du style blindé blasé qui a fait trois fois le tour du monde. Quelques années après, si on est malin, on arrête de fumer pour retrouver la fraîcheur de l'enfance, l'étonnement face au monde. Mais il faut un peu de temps pour bien conjuguer les émotions et le besoin de sérenité. Si vous avez l'occasion de découvrir quelques techniques de relaxation (relachement des muscles, détentes, repsiration lentes, décontraction du visage et des mains), c'est très utile pour être bien dans sa peau. Voilà, bonne route à tous, on se connait pas mais on est tombé sur la même planète, alors saluez ses meilleures recoin de la part d'un jeune bavard. Merci et forza!"
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